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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/442

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ART. 2. – Tous citoyens et fonctionnaires publics sont tenus de lui refuser obéissance sous peine de complicité.

ART. 3. – L’arrêt rendu le 2 décembre par la Haute Cour de justice, et qui déclare Louis Bonaparte prévenu du crime de haute trahison, sera publié et exécuté. En conséquence, les autorités civiles et militaires sont requises, sous peine de forfaiture, de prêter main-forte à l’exécution dudit arrêt. Fait à Paris en séance de permanence, le 3 décembre 1851. Le décret lu et voté par acclamation, nous le signâmes, et les représentants se pressèrent en foule autour de la table pour joindre leurs signatures aux nôtres. Sain fit remarquer que cette signature prenait du temps, qu’en outre nous n’étions guère plus de soixante, un grand nombre des membres de la gauche étant en mission dans les rues insurgées. Il demanda si le comité, qui avait pleins pouvoirs de toute la gauche, voyait quelque objection à faire suivre le décret du nom de tous les représentants républicains restés libres sans exception, absents comme présents. Nous répondîmes qu’en effet le décret signé de tous remplissait mieux le but. C’était d’ailleurs l’avis que j’avais ouvert. Bancel avait précisément dans sa poche un vieux numéro du Moniteur contenant un scrutin de division. On y coupa la liste des membres de la gauche, on y effaça les noms de ceux qui étaient arrêtés, et on joignit cette liste au décret [1].

Le nom d’Emile de Girardin sur cette liste frappa mes yeux. Il était toujours présent.

— Signez-vous le décret ? lui demandai-je.

— Sans hésiter.

— En ce cas, vous consentez à l’imprimer ?

— Tout de suite.

Il reprit :

— N’ayant plus de presses, comme je vous l’ai dit, je ne puis faire tirer qu’en placards et à la brosse ; c’est long, mais ce soir à huit heures vous aurez cinq cents exemplaires.

— Et, poursuivis-je, vous persistez à refuser d’imprimer l’appel aux armes ?

— Je persiste.

On fit une double copie du décret qu’Emile de Girardin emporta.

La délibération recommença. A chaque instant des représentants survenaient

  1. Cette liste, qui appartient à l’histoire, ayant servi de base à la liste de proscription, on la retrouvera tout entière dans les Notes de ce livre.