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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/393

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XIX. Un pied dans le sépulcre

Cournet nous attendait. Il nous reçut au rez-de-chaussée dans une salle basse, où il y avait du feu, une table et quelques chaises ; mais la salle était si petite que le quart de nous la remplissait à n’y pouvoir bouger et que les autres restaient dans la cour. – Il est impossible de délibérer ici, dit Bancel. – J’ai une plus grande salle au premier, répondit Cournet, mais c’est un bâtiment en construction qui n’est pas encore meublé et où il n’y a pas de feu. – Qu’importe ! lui dit-on. Montons au premier.

Nous montâmes au premier par un escalier de bois roide et étroit, et nous prîmes possession de deux salles très basses de plafond, mais dont l’une était assez vaste. Les murs étaient blanchis à la chaux, et il n’y avait pour tous meubles que quelques tabourets de paille.

On me cria : Présidez !

Je m’assis sur un des tabourets, dans l’angle de la première salle, ayant la cheminée à ma droite, et à ma gauche la porte qui s’ouvrait sur l’escalier. Baudin me dit : – J’ai un crayon et du papier. Je vais vous servir de secrétaire. – Il prit un tabouret à côté de moi.

Les représentants et les assistants, parmi lesquels il y avait plusieurs blouses, se tenaient debout formant devant Baudin et moi une espèce d’équerre adossée aux deux murs de la salle qui nous faisaient face. Cette foule se prolongeait jusque dans l’escalier. Une chandelle allumée était posée sur la cheminée.

Une sorte d’âme commune agitait cette réunion. Les visages étaient pâles, mais on voyait dans tous les yeux la même grande résolution. Dans toutes ces ombres brillait la même flamme. Plusieurs demandèrent la parole à la fois. Je les priai de donner leurs noms à Baudin, qui les inscrivait et me passait ensuite la liste.

Le premier qui parla fut un ouvrier. Il commença par s’excuser de se mêler aux représentants, lui étranger à l’Assemblée. Les représentants l’interrompirent. – Non ! non ! dirent-ils, peuple et représentants ne font qu’un. Parlez ! – Il déclara que, s’il prenait la parole, c’était pour laver de toute suspicion l’honneur de ses frères, les ouvriers de Paris, qu’il avait entendu quelques représentants douter d’eux, qu’il affirmait que c’était injuste, que les ouvriers comprenaient tout le crime de M. Bonaparte et tout le devoir du peuple, qu’ils ne seraient pas sourds à l’appel des représentants