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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/39

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lieutenant de douaniers une pension de douze cents francs. Le juge d’instruction : « N’avez-vous pas offert au commandant du poste une somme d’argent s’il voulait marcher avec vous ? » Le prince : « Je la lui ai fait offrir, mais il l’a refusée. » On arrive à Boulogne. Ses aides de camp – il en avait dès lors – portaient suspendus à leur cou des rouleaux de fer-blanc pleins de pièces d’or. D’autres suivaient avec les sacs de monnaie à la main. On jette de l’argent aux pêcheurs et aux paysans en les invitant à crier : vive l’empereur ! « Il suffit de trois cents gueulards », avait dit un des conjurés. Louis Bonaparte aborde le 42e, caserné à Boulogne. Il dit au voltigeur Ceorges Kœhly : « Je suis Napoléon ; vous aurez des grades et des décorations. » Il dit au voltigeur Antoine Gendre : « Je suis le fils de Napoléon ; nous allons à l’hôtel du Nord commander un dîner pour moi et pour vous. » Il dit au voltigeur Jean Meyer : Vous serez bien payés ; il dit au voltigeur Joseph Mény : Vous viendrez à Paris, vous serez bien payés. Un officier à côté de lui tenait à la main son chapeau plein de pièces de cinq francs qu’il distribuait aux curieux, en disant : « Criez vive l’empereur ! » Le grenadier Geoffroy, dans sa déposition, caractérise en ces termes la tentative faite sur sa chambrée par un officier et par un sergent, du complot : « Le sergent portait une bouteille, et l’officier avait le sabre à la main. » Ces deux lignes, c’est tout le 2 décembre.

Poursuivons :

« Le lendemain, 17 juin, le commandant Mésonan, que je croyais parti, entre dans mon cabinet, annoncé toujours par mon aide de camp. Je lui dis : Commandant, je vous croyais parti. – Non, mon général, je ne suis pas parti. J’ai une lettre à vous remettre. – Une lettre ! et de qui ? – Lisez, mon général.
« Je le fais asseoir ; je prends la lettre ; mais, au moment de l’ouvrir, je m’aperçois que la suscription portait : A M. le commandant Mésonan. Je lui dis : Mais, mon cher commandant, c’est pour vous, ce n’est pas pour moi. – Lisez, mon général ! » J’ouvre la lettre et je lis :
« Mon cher commandant, il est de la plus grande nécessité que vous voyiez de suite le général en question ; vous savez que c’est un homme d’exécution et sur qui on peut compter. Vous savez aussi que c’est un homme que j’ai noté pour être un jour maréchal de France. Vous