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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/386

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— En ce cas-là, dis-je, sitôt la première barricade faite, je veux être derrière, venez me chercher.

— Où ?

— Partout où je serai.

Il me déclara que si le mouvement devait avoir lieu dans la nuit, il le saurait à dix heures et demie du soir au plus tard et que j’en serais averti avant onze heures. Nous convînmes que, dans quelque lieu que je me trouvasse jusqu’à cette heure, j’en enverrais l’indication chez Auguste, qui se chargerait de la lui faire parvenir.

La jeune femme continuait de regarder. Le colloque se prolongeait et pouvait sembler étrange aux gens de l’arrière-boutique. – Je m’en vais, dis-je à Auguste.

J’avais entr’ouvert la porte, il me prit la main, la pressa comme eût fait une femme, et me dit avec un accent profond : – Vous vous en allez, reviendrez-vous ?

— Je ne sais pas.

— C’est juste, reprit-il, personne ne sait ce qui va arriver. Eh bien ! vous allez peut-être être poursuivi et cherché comme je l’ai été. Ce sera peut-être votre tour d’être fusillé, et ce sera mon tour de vous sauver. Vous savez, on peut avoir besoin des petits. Monsieur Victor Hugo, s’il vous fallait un asile, cette maison-ci est à vous. Venez-y. Vous y trouverez un lit où vous pourrez dormir et un homme qui se fera tuer pour vous.

Je le remerciai par un serrement de main, et je partis. Huit heures sonnaient. Je me hâtai vers la rue de Charonne.