Ouvrir le menu principal

Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/366

Cette page n’a pas encore été corrigée


se croire en danger. Ils ne voulaient pas laisser partir un de leurs orateurs ; ils l’embrassaient et le retenaient presque avec larmes en criant : – Ne partez pas ! Savez-vous où l’on vous mène ! Songez aux fossés de Vincennes !

Les représentants, appelés deux par deux, comme nous venons de le dire, défilaient dans la salle basse devant les estafiers, puis on les faisait monter dans la boîte à voleurs. Les chargements se faisaient en apparence au hasard et pêle-mêle ; plus tard, pourtant, à la différence des traitements infligés aux représentants dans les diverses prisons, on a pu voir que ce pêle-mêle avait été peut-être un peu arrangé. Quand la première voiture fut pleine, on en fit entrer une seconde avec le même appareil. Les estafiers, un crayon et un carnet à la main, prenaient note de ce que contenait chaque voiture. Ces hommes connaissaient les représentants. Quand Marc Dufraisse, appelé à son tour, entra dans la salle basse, il était accompagné de Benoît (du Rhône.). – Ah ! voici M. Marc Dufraisse, dit l’estafier qui tenait le crayon. – A la demande de son nom, Benoît répondit Benoît. – Du Rhône, ajouta l’agent, et il reprit : car il y a encore Benoist d’Azy et Benoît-Champy.

Le chargement de chaque voiture durait environ une demi-heure. Les survenues successives avaient porté le nombre des représentants prisonniers à deux cent trente-deux. Leur embarquement, ou, pour employer l’expression de M. de Vatimesnil, leur encaquement, commencé peu après dix heures du soir, ne fut terminé que vers sept heures du matin. Quand les voitures cellulaires manquèrent, on amena des omnibus. Ces voitures furent partagées en trois convois, tous trois escortés par les lanciers. Le premier convoi partit vers une heure du matin et fut conduit au Mont Valérien ; le second, vers cinq heures, à Mazas ; le troisième, vers six heures à demie, à Vincennes.

La chose traînant en longueur, ceux qui n’étaient pas appelés profitaient des matelas et tâchaient de dormir. De là, de temps en temps, des silences dans les salles hautes. Au milieu d’un de ces silences, M. Bixio se dressa sur son séant et haussant la voix : – Messieurs, que pensez-vous de l’obéissance passive ? – Un éclat de rire général lui répondit. Ce fut encore au milieu d’un de ces silences qu’une voix s’écria :

Romieu sera sénateur.

Emile Péan demanda :

Que deviendra le spectre rouge ?

Il se fera prêtre, répondit Antony Thouret, et deviendra le spectre noir.

D’autres paroles que les historiographes du 2 décembre ont répandues n’ont pas été prononcées. Ainsi Marc Dufraisse n’a jamais tenu ce propos, dont