Ouvrir le menu principal

Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/348

Cette page n’a pas encore été corrigée


de ces copies et cria : – Citoyens ! l’encre est encore toute fraîche. Vive la République !

L’adjoint se tenait à la porte de la salle, l’escalier était encombré de gardes nationaux et d’assistants étrangers à l’Assemblée. Plusieurs avaient pénétré jusque dans l’enceinte et parmi eux l’ancien constituant Beslay, homme d’un rare courage. On voulut d’abord les faire sortir, mais ils résistèrent en s’écriant : – Ce sont nos affaires, vous êtes l’Assemblée, mais nous sommes le peuple. – Ils ont raison, dit M. Berryer.

M. de Falloux, accompagné de M. de Kéranflech, aborda le constituant Beslay et s’accouda à côté de lui sur le poêle en lui disant : – Bonjour, collègue ; puis il lui rappela qu’ils avaient tous les deux fait partie de la commission des ateliers nationaux et qu’ils avaient visité ensemble les ouvriers au parc Monceaux ; on se sentait tomber, on devenait tendre aux républicains. La République s’appelle Demain.

Chacun parlait d’où il était, celui-ci montait sur son banc, celui-là sur une chaise, quelques-uns sur des tables. Toutes les contradictions éclataient à la fois. Dans un coin, d’anciens meneurs de l’ordre s’effrayaient du triomphe possible des « rouges ». Dans un autre, les hommes de la droite entouraient les hommes de la gauche et leur demandaient : – Est-ce que les faubourgs ne se lèveront pas ?

Le narrateur n’a qu’un devoir, raconter. Il dit tout, le mal comme le bien. Quoi qu’il en soit pourtant, et en dépit de tous ces détails que nous n’avons pas dû taire, à part les restrictions que nous avons indiquées, l’attitude des hommes de la droite, qui composaient la grande majorité de cette réunion, fut à beaucoup d’égards honorable et digne. Quelques-uns même, nous venons de l’indiquer, se piquèrent de résolution et d’énergie presque comme s’ils avaient voulu rivaliser avec les membres de la gauche.

Disons-le ici, car on reverra plus d’une fois dans la suite de ce récit ces regards de quelques membres de la droite tournés vers le peuple, et il ne faut pas qu’on s’y méprenne, ces hommes monarchiques qui parlaient d’insurrection populaire et qui invoquaient les faubourgs étaient une minorité dans la majorité, une minorité imperceptible. Antony Thouret proposa à ceux qui étaient là les chefs, de parcourir en corps les quartiers populaires, le décret de déchéance à la main. Mis au pied du mur, ils refusèrent. Ils déclarèrent ne vouloir se défendre que par la force organisée, point par le peuple. Chose bizarre à dire, mais qu’il faut constater, avec leurs habitudes de myopie politique, la résistance populaire armée, même au nom de la loi, leur semblait sédition. Tout ce qu’ils pouvaient supporter d’apparence révolutionnaire, c’était une légion de garde nationale tambours en tête ; ils reculaient devant la barricade ; le droit en blouse n’était plus le droit, la vérité armée