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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/342

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— Qu’y faire ?

— Y décréter la déchéance de Louis Bonaparte.

— Et ensuite ?

— Ensuite nous nous rendrons en corps au palais de l’Assemblée, nous nous ferons jour à travers les résistances, et du haut du perron nous lirons le décret de déchéance aux soldats.

— C’est bien, nous en sommes, dit Marc Dufraisse. Les cinq membres de la gauche se mirent en marche à quelque distance de la colonne. Plusieurs de leurs amis qui s’y étaient mêlés vinrent les retrouver ; et, nous constatons ici un fait sans lui donner plus d’importance qu’il n’en a, les deux fractions de l’Assemblée représentées dans cette réunion improvisée marchèrent vers la mairie désignée sans se confondre, chacune des deux côtés de la rue. Le hasard fit que les hommes de la majorité tinrent la droite de la rue et les hommes de la minorité la gauche.

Personne n’avait d’écharpe. Aucun signe extérieur ne les faisait reconnaître. Les passants les regardaient avec surprise et ne semblaient pas comprendre ce que c’était que cette procession d’hommes silencieux dans les rues solitaires du faubourg Saint-Germain. Une partie de Paris ne connaissait pas encore le coup d’État.

Stratégiquement, comme point de défense, la mairie du Xe arrondissement était mal choisie. Située dans une rue étroite, dans ce court tronçon de la rue de Grenelle-Saint-Germain qui est entre la rue des Saints-Pères et la rue du Sépulcre, voisine du carrefour de la Croix-Rouge auquel les troupes peuvent arriver de tant de points différents, la mairie du Xe arrondissement, resserrée, dominée et bloquée de toutes parts, était une chétive citadelle pour la représentation nationale attaquée. Il est vrai qu’on n’avait pas plus le choix de la citadelle qu’on n’eut plus tard le choix du général.

L’arrivée à la mairie put sembler de bon augure. La grande porte cochère, qui donne sur une cour carrée, était fermée ; elle s’ouvrit. Le poste de garde nationale, composé d’une vingtaine d’hommes, prit les armes et rendit les honneurs militaires à l’Assemblée. Les représentants entrèrent ; un adjoint les reçut avec respect au seuil de la mairie.

— Le palais de l’Assemblée est fermé par les troupes, dirent les représentants, nous venons délibérer ici. – L’adjoint les conduisit au premier étage et leur fit ouvrir la grande salle municipale. Les gardes nationaux criaient : Vive l’Assemblée nationale !

Les représentants entrés, on fit fermer la porte. La foule commençait à s’amasser dans la rue. et criait : Vive l’Assemblée ! Un certain nombre de personnes étrangères à l’Assemblée pénétrèrent dans la mairie en même temps que les représentants. On craignit l’encombrement, et l’on mit deux factionnaires