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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/306

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Je lui répondis : – On se battra.

Et j’ajoutai en riant : – Vous avez prouvé que les colonels écrivent comme des poëtes, maintenant, c’est aux poëtes à se battre comme des colonels.

J’entrai dans la chambre de ma femme ; elle ne savait rien et lisait paisiblement le journal dans son lit.

J’avais pris sur moi cinq cents francs en or. Je posai sur le lit de ma femme une boîte qui contenait neuf cents francs, tout l’argent qui me restait, et je lui contai ce qui se passait.

Elle pâlit et me dit : – Que vas-tu faire ?

— Mon devoir.

Elle m’embrassa et ne me dit que ce seul mot :

— Fais.

Mon déjeuner était servi. Je mangeai une côtelette en deux bouchées. Comme je finissais, ma fille entra. A la façon dont je l’embrassai, elle s’émut et me demanda : – Qu’y a-t-il donc ?

— Ta mère te l’expliquera, lui dis-je.

Et je partis.

La rue de la Tour-d’Auvergne était paisible et déserte comme à l’ordinaire. Pourtant il y avait près de ma porte quatre ouvriers qui causaient. Ils me saluèrent.

Je leur criai :

— Vous savez ce qui se passe ?

— Oui, dirent-ils.

— Eh bien ? c’est une trahison. Louis Bonaparte égorge la République. Le peuple est attaqué, il faut que le peuple se défende.

— Il se défendra.

— Vous me le promettez.

Ils s’écrièrent : – Oui !

L’un d’eux ajouta : – Nous vous le jurons.

Ils ont tenu parole. Des barricades ont été faites dans ma rue (rue de la Tour-d’Auvergne), rue des Martyrs, cité Rodier, rue Coquenard, et à Notre-Dame de Lorette.