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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/300

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Je remarque votre numéro, reprit M. Baze, vous êtes un régiment déshonoré. Les soldats écoutaient dans une attitude morne et semblaient encore endormis. Le commissaire Primorin leur disait : – Ne répondez pas ! cela ne vous regarde pas ! On. porta le questeur à travers les cours au corps de garde de la Porte Noire.

C’est le nom qu’on donne à la petite porte pratiquée sous la voûte en face de la caisse de l’Assemblée et qui s’ouvre vis-à-vis la rue de Lille sur la rue de Bourgogne.

On mit plusieurs factionnaires à la porte du corps de garde et en haut du petit perron qui y conduit, et on laissa là M. Baze sous la garde de trois sergents de ville. Quelques soldats sans armes, en veste, allaient et venaient. Le questeur les interpellait au nom de l’honneur militaire. – Ne répondez pas, disaient les sergents de ville aux soldats.

Les deux petites filles de M. Baze l’avaient suivi des yeux avec épouvante ; quand elles l’eurent perdu de vue, la plus petite éclata en sanglots. – Ma sœur, dit l’aînée qui avait sept ans, faisons notre prière. Et les deux enfants, joignant les mains, se mirent à genoux.

Le commissaire Primorin se rua avec sa nuée d’agents dans le cabinet du questeur. Il fit main basse sur tout. Les premiers papiers qu’il aperçut au milieu de la table et qu’il saisit furent ces fameux décrets préparés pour le cas où l’Assemblée aurait voté la proposition des questeurs. Tous les tiroirs furent ouverts et fouillés. Ce bouleversement des papiers de M. Baze, que le commissaire de police appelait « visite domiciliaire », dura plus d’une heure.

On avait apporté à M. Baze ses vêtements, il s’était habillé. Quand la « visite domiciliaire » fut finie, on le fit sortir du corps de garde. Il y avait un fiacre dans la cour, M. Baze y monta, et les trois sergents de ville avec lui. Le fiacre, pour gagner la porte de la présidence, passa par la cour d’honneur, puis par la cour des canons ; le jour paraissait. M. Baze regarda dans cette cour pour voir si les canons y étaient encore. Il vit les caissons rangés en ordre, les timons relevés ; les places des six canons et des deux obusiers étaient vides.

Dans l’avenue de la présidence, la fiacre s’arrêta un instant. Deux haies de soldats, le bras droit appuyé sur le coude de la bayonnette, bordaient les trottoirs de l’avenue. Au pied d’un arbre étaient groupés trois hommes, le colonel Espinasse que M. Baze connaissait et reconnut, une façon de lieutenant-colonel qui avait au cou un ruban orange et noir, et un chef d’escadron de lanciers, tous le sabre à la main et se concertant. Les vitres du fiacre étaient levées ; M. Baze voulut les baisser pour interpeller ces hommes ; les sergents de ville lui saisirent le bras. Survint le commissaire Primorin ; il allait remonter dans le petit coupé à deux places qui l’avait amené. – Monsieur