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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/223

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ne regardant pas même cette chose hideuse qui restera du despote, un cadavre ou une mémoire, étendra le bras, et comme ce frère Luis de Léon qui, sortant des cachots de l’Inquisition, continuait après dix ans sa leçon à l’endroit précis où l’alguazil du saint office l’avait interrompue, reprendra la parole en ces termes : je disais donc... Page 137. [Gens du coup d’Etat, personne ne croit à vos sept millions cinq cent mille voix.]

Le plébiscite du 20 décembre est une pièce à machines avec pluie de feu et apothéose pour tableau final. Le coup d’Etat, qui avait commencé par la tragédie, a fini par le mélodrame.

Page 141. [...et de l’autre côté les jérémiades et les criailleries des femmes auxquelles on prend leurs maris, des mères...]

Familles des exilés et des transportés. — Misères affreuses. — Enfants sans pain. — Quelques-uns chassés de leurs maisons. — Plus d’appui, etc. — Les lettres qu’elles écrivent. Détails navrants.

Hélas ! combien j’en ai vu de ces lettres douloureuses et redoutables ! Combien j’ai vu de ces femmes, de ces sœurs, de ces mères désespérées, les jeux tournés vers les pontons, vers l’Afrique, vers la terre de l’exil, se tordre les mains, lever les bras au ciel, et appeler à grands cris le jour où ce misérable homme sera puni ! le jour où le peuple, enfin réveillé, armé de pavés et de piques à défaut de fusils, haletant de victoire, chantant et hurlant de joie, formidable, sanglant, joyeux, implacable, traînera par les pieds à la voirie ce Vitellius maigre ! Quant à nous démocrates, quant à nous proscrits, ce jour-là, nous ne le souhaitons pas ; je dis plus, nous ne le voulons pas. Ce serait encore là une scène du bas-empire, et nous supplions la Providence de l’épargner à la grande France civilisée du dix-neuvième siècle. Et puis il ne faut pas que cet homme ait une de ces fins tragiques auxquelles se mêle toujours je ne sais quelle lâche pitié ; il ne faut pas que l’horreur du châtiment atténue l’horreur du crime ; il ne faut pas que Louis Bonaparte laisse dans l’histoire la traînée d’un cadavre. D’ailleurs cette façon de finir ne prouve rien. Si Vitellius a été traîné par les pieds aux Gémonies, Coligny a été traîné par les pieds à Montfaucon.

Nous appelons sur cet homme, non la vengeance du peuple, mais la justice de la nation. Cette justice, nous la voulons régulière, solennelle, impassible, tranquille ; nous la voulons austère et non violente ; le châtiment, nous le voulons effrayant, et non effroyable. Nous voulons, spectacle grand et terrible, que la loi terrassée, dépouillée, garrottée, poignardée, mise au tombeau par cet homme, sorte gravement du sépulcre, remette sa robe, remonte à son tribunal, et le juge. Nous disons la loi, certes, et qu’on ne confonde point, nous ne disons pas la magistrature. A coup sûr, à l’heure où Louis Bonaparte aura disparu, et nous avons ailleurs expliqué pourquoi, cette magistrature d’à présent disparaîtra. On ne fera pas H-