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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/197

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PETITESSE DU MAÎTRE... 185

ments et qui gouvernent. — Le maître, on le connaît. Celui-ci, qui a été ministre’", allait être «saisi» le 3 décembre, c’est pour cela qu’il :i fait le 2. Cet autre -’ est «l’emprunteur» des vingt-cinq millions à la Banque. Cet autre’-" est l’homme des lingots d’or. A cet autre, avant qu’il fût ministre, « un ami » disait’*' : — Ah ça ! vous mm flotte’^ avec vos avions de l’affaire en question ; ça me fati^e. S’ilj a des escroqueries, que j’en sois au Moins ! Cet autre ’ , qui a des épaulettes, vient d’être convaincu de quasi-stellionat. Cet autre", qui a aussi des épaulettes, a reçu le matin du 2 décembre cent mille francs «pour les éventualités». Il n’était que colonel ; s’il eût été général, il eût eu ’davantage. Celui-ci’"', qui est général, étant garde du corps de Louis XVIII et de faction derrière le fauteuil du roi pendant la messe, a coupé un gland d’or du trône et l’a mis dans sa poche ; on l’a chassé des gardes pour cela. Certes, à ces hommes aussi on pourrait élever une colonne ex are capto, avec l’argent pris. Cet autre, qui est général de division, a « détourné » cinquante-deux mille francs, à la connaissance du colonel Charras, dans la construction des villages Saint-André et Saint-Hippolyte, près Mascara. Celui-ci’-, qui est général en chef, était surnommé à Gand, où on le connaît, le général Cinqcents-francs. Celui-ci^’, qui est ministre de la guerre, n’a dû qu’à la clémence du général Rullière de ne point passer devant un conseil de guerre. Tels sont les hommes. C’est égal, en avant ! battez, tambours ; sonnez, clairons ; flottez, drapeaux ! Soldats ! du haut de ces pyramides, les quarante voleurs vous contemplent !

Avançons dans ce douloureux sujet, et voyons-en toutes les faces. Rien que le spectacle d’une fortune comme celle de M. Bonaparte placé au sommet de l’Etat suffirait pour démoraliser un peuple. Il y a toujours, et par la faute des institutions sociales qui devraient, avant tout, éclairer et civiliser, il y a toujours dans une population nombreuse comme la population de la France une classe qui ignore, qui souffre, qui convoite, qui lutte, placée entre l’instinct bestial qui pousse à prendre et la loi morale qui invite à travailler. Dans la condition douloureuse et accablée où elle est encore, cette classe, pour se maintenir dans la droiture et dans le bien, a besoin de toutes les pures et saintes clartés qui se dégagent de l’évangile ; elle a besoin que l’esprit de Jésus d’une part, et d’autre part l’esprit de la Révolution française, lui adressent les mêmes mâles paroles, et lui montrent sans cesse, comme les seules lumières dignes des yeux de l’homme, les hautes et mystérieuses lois de la destinée humaine, l’abnégation, le dévouement, le sacrifice, le travail qui mène au "’ [Morny.] — Î-’ [Casabianca.] — ■’ [Carlier.] — • î*’ [Saint-Génies à Morny.] — ’^1 [Vieyra.] — ’"' [Espinasse.] — ’" [Saint- Arnaud.] — ’*) [Renault.] — ’■ [Magnan.] — <’» ! [Saint-Arnaud.]