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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/171

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contre son propre crime. A quelques expédients qu’il ait recours pour s’étourdir, quoiqu’il fasse sonner perpétuellement à ses oreilles les sept millions cinq cent mille grelots de son « plébiscite », l’homme du coup d’État songe par instants ; il entrevoit vaguement un lendemain et se débat contre l’avenir inévitable. Il lui faut purge légale, décharge, mainlevée, quittance. Il la demande aux vaincus et au besoin il les met à la torture pour l’obtenir. Au fond de la conscience de chaque prisonnier, de chaque déporté, de chaque proscrit, Louis Bonaparte sent qu’il y a un tribunal et que ce tribunal instruit son procès ; il tremble, le bourreau a une secrète peur de la victime, et, sous figure d’une grâce accordée par lui à cette victime, il fait signer par ce juge son acquittement.

Il espère ainsi donner le change à la France qui, elle aussi, est une conscience vivante et un tribunal attentif, et que, le jour de la sentence venu, le voyant absous par ses victimes, elle lui fera grâce. Il se trompe. Qu’il perce le mur d’un autre côté, ce n’est pas par là qu’il échappera.