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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/170

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haute ; je les ai même décorés depuis pour ce fait d’armes ; je vous ai fait menacer du bâillon, si vous jetiez un cri ; je vous ai fait prendre au collet par mes argousins ; je vous ai fait mettre à Mazas dans la cellule des voleurs et à Ham dans ma cellule à moi ; vous avez encore aux poignets les marques de la corde dont je vous ai liés ; bonjour, messieurs, Dieu vous ait en sa sainte garde, jurez-moi fidélité. – Changarnier l’a regardé fixement et lui a répondu : Non, traître ! Bedeau lui a répondu : Non, faussaire ! Lamoricière lui a répondu : Non, parjure ! Le Flô lui a répondu : Non, bandit ! Charras lui a donné un soufflet. A l’heure qu’il est, la face de M. Bonaparte est rouge, non de la honte, mais du soufflet. Autre variété du serment : dans les casemates, dans les bastilles, dans les pontons, dans les présides d’Afrique, il y a des prisonniers par milliers. Qui sont ces prisonniers ? Nous l’avons dit, des républicains, des patriotes, des soldats de la loi, des innocents, des martyrs. Ce qu’ils souffrent, des voix généreuses l’ont déjà dénoncé, on l’entrevoit ; nous-même, dans le livre spécial sur le 2 décembre, nous achèverons de déchirer ce voile. Eh bien, veut-on savoir ce qui arrive ? Quelquefois, à bout de souffrances, épuisés de forces, ployant sous tant de misères, sans chaussures, sans pain, sans vêtements, sans chemise, brûlés de fièvre, rongés de vermine, pauvres ouvriers arrachés à leurs ateliers, pauvres paysans arrachés à leur charrue, pleurant une femme, une mère, des enfants, une famille veuve ou orpheline sans pain de son côté et peut-être sans asile, accablés, malades, mourants, désespérés, quelques-uns de ces malheureux faiblissent et consentent à « demander grâce ». Alors on leur apporte à signer une lettre toute faite et adressée à « monseigneur le prince-président ». Cette lettre, nous la publions telle que le sieur Quentin-Bauchart l’avoue : « Je, soussigné, déclare sur l’honneur accepter avec reconnaissance la grâce qui m’est faite par le prince Louis-Napoléon, et m’engage à ne plus faire partie des sociétés secrètes, à respecter les lois, et à être fidèle au gouvernement que le pays s’est donné par le vote des 20 et 21 décembre 1851. » Qu’on ne se méprenne pas sur le sens de ce fait grave. Ceci n’est pas de la clémence octroyée, c’est de la clémence implorée. Cette formule : demandez-nous votre grâce, signifie : accordez-nous notre grâce. L’assassin, penché sur l’assassiné et le couteau levé, lui crie : Je t’ai arrêté, saisi, terrassé, dépouillé, volé, percé de coups, te voilà sous mes pieds, ton sang coule par vingt plaies ; dis-moi que tu TE REPENS, et je n’achèverai pas de te tuer. Ce repentir des innocents, exigé par le criminel, n’est autre chose que la forme que prend au dehors son remords intérieur. Il s’imagine être de cette façon rassuré