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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/149

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Gens du coup d’état, personne ne croit à vos sept millions cinq cent mille voix. Tenez, un accès de franchise, avouez-le, vous êtes tous un peu grecs, vous trichez. Dans votre bilan du 2 décembre, vous comptez trop de votes et pas assez de cadavres. 7,500,000 ! Qu’est-ce que c’est que ce chiffre-là ? D’où vient-il ? D’où sort-il ? Que voulez-vous que nous en fassions ? Sept millions, huit millions, dix millions, qu’importe ! nous vous accordons tout et nous vous contestons tout.

Les sept millions, vous les avez, plus les cinq cent mille ; la somme plus l’appoint, vous le dites, prince, vous l’affirmez, vous le jurez, mais qui le prouve ? Qui a compté ? Baroche. Qui a scruté ? Rouher. Qui a contrôlé ? Piétri. Qui a additionné ? Maupas. Qui a vérifié ? Troplong. Qui a proclamé ? vous. C’est-à-dire que la bassesse a compté, la platitude a scruté, la rouerie a contrôlé, le faux a additionné, la vénalité a vérifié, le mensonge a proclamé. Bien.

Sur ce, M. Bonaparte monte au Capitole, ordonne à M. Sibour de remercier Jupiter, fait endosser une livrée bleu et or au sénat, bleu et argent au corps législatif, vert et or à son cocher, met la main sur son cœur, déclare qu’il est le produit du « suffrage universel », et que sa « légitimité » est sortie de l’urne du scrutin. Cette urne est un gobelet.