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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/143

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Livre sixième - L’Absolution - Les 7 500 000 voix


Examen du vote

M. Louis Bonaparte est président de cette diligence.

Rappelons quelques principes.

Pour qu’un scrutin politique soit valable, il faut trois conditions absolues : premièrement, que le vote soit libre ; deuxièmement, que le vote soit éclairé ; troisièmement, que le chiffre soit sincère. Si l’une de ces trois conditions manque, le scrutin est nul. Qu’est-il, si les trois à la fois font défaut ?

Appliquons ces règles.

Premièrement. Que le vote soit libre.

Quelle a été la liberté du vote du 20 décembre, nous venons de le dire ; nous avons exprimé cette liberté par une image frappante d’évidence. Nous pourrions nous dispenser d’y rien ajouter. Que chacun de ceux qui ont voté se recueille et se demande sous quelle violence morale et matérielle il a déposé son bulletin dans la boîte. Nous pourrions citer telle commune de l’Yonne où, sur cinq cents chefs de famille, quatre cent trente ont été arrêtés ; le reste a voté oui ; telle commune du Loiret où, sur six cent trente-neuf chefs de famille, quatre cent quatre-vingt-dix-sept ont été arrêtés ou expulsés ; les cent quarante-deux échappés ont voté oui ; et ce que nous disons du Loiret et de l’Yonne, il faudrait le dire de tous les départements. Depuis le 2 décembre, chaque ville a sa nuée d’espions ; chaque bourg, chaque village, chaque hameau a son dénonciateur. Voter non, c’était la prison, c’était l’exil, c’était Lambessa. Dans les villages de tel département on apportait à la porte des mairies, nous disait un témoin oculaire, « des charges d’âne de bulletins oui ». Les maires, flanqués des gardes champêtres, les remettaient aux paysans. Il fallait voter. A Savigny, près Saint-Maur, le matin du vote, des gendarmes enthousiastes déclaraient que celui qui voterait non ne coucherait pas dans son lit. La gendarmerie a écroué à la maison d’arrêt de Valenciennes M. Parent fils, suppléant du juge de paix du canton de Bouchain, pour avoir engagé des habitants d’Avesne-le-Sec à voter non. Le neveu du représentant Aubry (du Nord) ayant vu distribuer par les agents du préfet des bulletins oui, dans la grande place de Lille, descendit sur cette place le lendemain et y distribua des bulletins non ; il fut arrêté et mis à la citadelle.