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1869.




EN SUISSE.


Après avoir présidé le Congrès de la Paix, à Lausanne, Victor Hugo se rend à Berne d’où il part pour son voyage annuel.


Berne. Aujourd’hui 20 septembre, j’engage le cocher qui nous mènera à petites journées de Berne à Bâle par Lucerne et Constance dans une voiture à deux chevaux à raison de 25 francs par jour de marche et de 20 francs par jour de séjour, tous frais compris.

Nous partons à une heure. Beau soleil. Admirable voyage à travers des groupes d’énormes chalets sculptés et peints. On dirait des villages de palais. Un torrent-rivière au fond de la vallée. Par instants, de vieux ponts de bois couverts. L’immense mur des Alpes bernoises à l’horizon, avec la Yungfrau. Propreté exquise des maisons. Le fumier est bien tenu, il est natté comme les cheveux d’une femme.


22 septembre. — Lucerne. Hier soir, nous nous sommes promenés, Victor et moi, dans la ville. J’ai revu les deux vieux ponts couverts à tympans peints que j’avais admirés en 1839, lorsque je logeais au Cygne, et dont j’avais envoyé le dessin à ma douce Didine bien-aimée.


23 septembre. — Nous partons pour Zurich à midi 1/2. Beau temps. Magnifique apparition du lac au soleil couchant, vu de la descente de l’Albis.

Avant le dîner, nous nous promenons dans la ville, très enlaidie par les embellissements. Je ne retrouve plus les douves de l’enceinte ni la vieille tour à l’entrée du lac. Splendide éclairage des montagnes de neige par le soleil couchant.

Le soir, nous errons. Beau et mélancolique lever de la lune sur le lac, reflétant les mille lumières de Zurich.

Rencontre de M. Moreau, ancien maire de mon arrondissement en février 1848.


24 septembre. — Nous partons à 11 heures pour Frauenfeld. À 2 heures,