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verain débonnaire, toutes les mouches et tous les papillons que je trouve pris dans les filets autour de moi ; petite amnistie obscure, qui, comme toutes les amnisties, ne fâche que les araignées. Et puis, je regarde couler au-dessous de mon trône, dans le ravin, quelque admirable ruisseau semé de roches pointues où se fronce à mille plis la tunique d’argent de la naïade ; ou bien, si le mont n’a pas de torrent, si le vent, les feuilles et l’herbe se taisent, si le lieu est bien calme, bien désert, bien éloigné de toute ville, de toute maison, de toute cabane même, je fais faire silence en moi-même à tout ce qui murmure sans cesse en nous, j’ouvre l’oreille aux chansons de quelque jeune montagnard perdu dans les branches avec son troupeau de chèvres, là-bas, bien loin, au-dessus ou au-dessous de moi. Rien n’est mélancolique et doux comme la tyrolienne sauvage chantée dans l’ombre, par un pauvre petit chevrier invisible, pour la solitude qui l’écoute. Quelquefois, dans toute une grande montagne, il n’y a que la voix d’un enfant.

Les montagnards de ces forêts voisines de la Forêt-Noire ont une espèce de chant clair-obscur qui est charmant.

Comme je me promène tous les jours, je commence à être connu et accepté dans les villages. Les enfants qui jouent aux soldats se dérangent pour me laisser passer ; le roulier de la vallée du Neckar me sourit sous son feutre orné de galons d’argent à franges pendantes et de roses artificielles ;

    ville et des fauxbourgs : où il avoit esté encore mis par hazard en quelques endroits, et s’estoit répandu presque partout, quelque soin qu’on prist pour l’éteindre. Le sieur de Heidersdorf, qui commandoit dans le chasteau, envoya cependant demander à capituler. Un capucin alla plusieurs fois de part et d’autre, accompagné d’un lieutenant-colonel et d’un magistrat. La capitulation fut conclue. On a trouvé dix milliers de plomb en saumon, sept en balles, cinq mille grenades chargées, cent bombes, un grand nombre d’outils. Les troupes ont commencé depuis à démolir les fortifications du chasteau. »

    Même numéro.
    « Du Quesnoy, le 2 juin 1693.

    « Le 28 du mois dernier, un courrier dépesché par le maréchal duc de Lorges apporta au roy la nouvelle de la prise de Heidelberg. Le 31, le roy fit ses dévotions et toucha les malades. Sa Majesté nomma l’abbé de la Luzerne à l’évesché de Cahors, et l’abbé de Denonville à l’évesché de Comminges. Sa Majesté a donné un canonicat de la Sainte-Chapelle au sieur Boileau, doyen de l’église de Sens, et un autre au sieur Basire. »

    « De Paris ; le 6 may 1693.
    (Sic. Erreur ; le 6 juin.)

    « Le premier de ce mois, on chanta en l’église de Notre-Dame, par l’ordre du roy, le Te Deum en action de grâces de la réduction de Heidelberg. Les compagnies y assistèrent avec les cérémonies accoutumées : et, le soir, il y eut des feux dans toutes les rües. »

    Outre le sac de la ville, cette prise de Heidelberg eut un lugubre résultat. En arrivant au camp des impériaux à Heilbronn, le général Heidersdorf, qui avait capitulé avec le maréchal de Lorges, fut traduit devant des juges militaires et condamné à mort. Il eut la tête tranchée. Un capitaine et un lieutenant furent enveloppés dans le procès qu’on lui fit, et partagèrent son sort.