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les français revinrent ; les soldats de Louis XIV violèrent à Spire les sépultures impériales, et, à Heidelberg, les tombeaux palatins. Le maréchal de Lorges mit le feu aux quatre coins de la résidence électorale ; l’incendie fut horrible, tout Heidelberg brûla. Quand le tourbillon de flamme et de fumée qui enveloppait la ville fut dissipé, on vit une maison, une seule, debout dans ce monceau de cendres.

C’était encore, c’était toujours la maison de 1595.

Aujourd’hui la charmante façade vermeille, damasquinée d’or, toujours vierge, intacte et fière, et seule digne de se rattacher au château dans cet insignifiant entassement de maisons blanches qui compose à présent Heidelberg, se dresse superbement sur la ville, et fait étinceler au soleil la triomphante inscription où je lis tous les matins en passant que Jéhovah a été l’ouvrier et que Jéhovah a été le sauveur.

Il est vrai, car il faut tout dire, et la dévotion de la renaissance s’assaisonnait de fantaisies païennes, il est vrai que l’effet de ce grave psaume est un peu modifié par cette ligne profane que l’architecte a gravée au-dessus : Præstat invicta Venus, laquelle doit elle-même se sentir un peu gênée par cette troisième légende dont se couronne le fronton : Soli. Deo. Gloria.

La miraculeuse maison saluée, je passe le pont, et je m’en vais dans la montagne.

Là, je m’enfonce, je me perds, je marche devant moi, je prends le chemin qui se présente ; je regarde, chapiteau par chapiteau, les arbres, ces

    régiment colonel-général de Mélac, et de Lalande, qui portoient des grenadiers en croupe. La seconde compagnie des grenadiers de la Reyne s’avança par un grand chemin entre la montagne et la rivière, avec une pièce de canon à leur teste, pour attaquer une traverse que les ennemis avoient faite dans le même chemin. Cent cinquante hommes du régiment de la Reyne soutenoient la compagnie de grenadiers ; la cavalerie et les dragons soutenoient toute l’infanterie. Et on attaqua les ennemis de toutes parts. Ils abandonnèrent d’abord la première et la seconde traverse. Mais ils firent ferme à la dernière. Le sieur de Mélac alors fit avancer les grenadiers, qui attaquèrent les ennemis en flanc, en sorte qu’ils commencèrent à lascher pié. Ils firent encore ferme quelque temps derrière des hayes et des vignes ; mais la cavalerie les contraignit enfin à prendre la fuite. Les uns taschèrent à remonter le costeau par dedans les vignes, et les autres se sauvèrent dans le village de Vebelingen, qui est au pié de la montagne. Néanmoins, ayant esté renforcés par un nombre de païsans armés, ils se mirent en devoir de revenir à la charge ; mais les grenadiers les poussèrent si vivement, qu’ils les obligèrent à prendre derechef la fuite après leur avoir tué plus de cent cinquante hommes et fait plusieurs prisonniers. Les François n’ont eu, dans cette affaire, que trois hommes blessés qui sont un grenadier du régiment de la Reyne, un soldat de Picardie et un cavalier du régiment de Mélac. »

    Gazette du 1er juin.

    « 22 au matin. Les ennemis, se voyant pressés et enveloppés par les batteries, voulurent abandonner le reste du fauxbourg en plein jour. On les poussa jusqu’à la porte de la ville,