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vêque Adalbert, second électeur de Cologne. Au-dessous est gravée sur une seule ligne cette légende plus ancienne (sic) :

Hugo, Le Rhin, porte de Willigis.png

Si l’intérieur de Mayence rappelle les villes flamandes, l’intérieur de sa cathédrale rappelle les églises belges. La nef, les chapelles, les deux transepts et les deux absides sont sans vitraux, sans mystère, badigeonnés en blanc du pavé à la voûte, mais somptueusement meublés. De toutes parts surgissent à l’œil les fresques, les tableaux, les boiseries, les colonnes torses et dorées ; mais les vrais joyaux de cet immense édifice, ce sont les tombeaux des archevêques-électeurs. L’église en est pavée, les autels en sont faits, les piliers en sont étayés, les murs en sont couverts ; ce sont de magnifiques lames de marbre et de pierre, plus précieuses quelquefois par la sculpture et le travail que les lames d’or du temple de Salomon. J’ai constaté, tant dans l’église que dans la salle capitulaire et le cloître, un tombeau du huitième siècle, deux du treizième, six du quatorzième, six du quinzième, onze du seizième, huit du dix-septième et neuf du dix-huitième ; en tout quarante-trois sépulcres. Dans ce nombre, je ne compte ni les tombeaux-autels, difficiles à aborder et à explorer, ni les tombeaux-pavés, sombre et confuse mosaïque de la mort, de jour en jour plus effacée sous les pieds de ceux qui vont et viennent.

J’omets également les quatre ou cinq tombeaux insignifiants du dix-neuvième siècle.

Toutes ces tombes, cinq exceptées, sont des sépultures d’archevêques. Sur ces trente-huit cénotaphes, dispersés sans ordre chronologique et comme au hasard sous une forêt de colonnes byzantines à chapiteaux énigmatiques, l’art de six siècles se développe, végète et croise inextricablement ses rameaux, d’où tombent, comme un double fruit, l’histoire de la pensée en même temps que l’histoire des faits. Là, Liebenstein, Hompurg, Gemmingen, Heufestein, Brandebourg, Steinburg, Ingelheim, Dalberg, Eltz, Stadion, Weinsberg, Ostein, Leyen, Hennenberg, Tour-et-Taxis, presque tous les grands noms de l’Allemagne rhénane, apparaissent à travers ce sombre rayonnement que les tombeaux répandent dans les ténèbres des églises. Toutes les fantaisies d’époque, d’artiste et de mourant se mêlent à toutes les épitaphes. Les mausolées du dix-huitième siècle s’entr’ouvrent et laissent échapper leur squelette emportant dans ses longs doigts sans chair des mitres d’archevêques et des chapeaux d’électeurs. Les archevêques contemporains