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que « le comte de Thingen fait tendre des chaînes et construire des redoutes sur le Rhin ». Pourquoi ce landgrave qui s’enfuit ? Pourquoi ces cinq cents paysans qui travaillent mêlés aux soldats ? Pourquoi ces redoutes et ces chaînes tendues en hâte sur le Rhin ? C’est que Louis le Grand a froncé le sourcil. La guerre d’Allemagne va recommencer.

Aujourd’hui le Rheinfels, à la porte duquel est encore incrustée dans le mur la couronne ducale des landgraves, sculptée en grès rouge, est la dépendance d’une métairie. Quelques plants de vigne y végètent et deux ou trois chèvres y broutent. Le soir, toute la ruine, découpée sur le ciel avec ses fenêtres à jour, est d’une masse magnifique.

En remontant le Rhin, à un mille de Saint-Goar (le mille prussien, comme la legua espagnole, comme l’heure de marche turque, vaut deux lieues de France), on aperçoit tout à coup, à l’écartement de deux montagnes, une belle ville féodale répandue à mi-côte jusqu’au bord du Rhin, avec d’anciennes rues comme nous n’en voyons à Paris que dans les décors de l’Opéra, quatorze tours crénelées plus ou moins drapées de lierre, et deux grandes églises de la plus pure époque gothique. C’est Oberwesel, une des villes du Rhin qui ont le plus guerroyé. Les vieilles murailles d’Oberwesel sont criblées de coups de canons et de trous de balles. On peut y déchiffrer, comme sur un palimpseste, les gros boulets de fer des archevêques de Trèves, les biscaïens de Louis XIV et notre mitraille révolutionnaire. Aujourd’hui Oberwesel n’est plus qu’un vieux soldat qui s’est fait vigneron. Son vin rouge est excellent.

Comme presque toutes les villes du Rhin, Oberwesel a sur sa montagne son château en ruine, le Schœnberg, un des décombres les plus admirablement écroulés qui soient en Europe. C’est dans le Schœnberg qu’habitaient, au dixième siècle, ces sept rieuses et cruelles demoiselles qu’on peut voir aujourd’hui, par les brèches de leur château, changées en sept rochers au milieu du fleuve.

L’excursion de Saint-Goar à Oberwesel est pleine d’attrait. La route côtoie le Rhin, qui là se rétrécit subitement et s’étrangle entre de hautes collines. Aucune maison, presque aucun passant. Le lieu est désert, muet et sauvage. De grands bancs d’ardoises à demi rongés sortent du fleuve et couvrent la rive comme des tas d’écaillés gigantesques. De temps en temps on entrevoit, à demi cachée sous les épines et les osiers et comme embusquée au bord du Rhin, une espèce d’immense araignée formée par deux longues perches souples et courbes, croisées transversalement, réunies à leur milieu et à leur point culminant par un gros nœud rattaché à un levier, et plongeant leurs quatre pointes dans l’eau. C’est une araignée en effet.

Par instants, dans cette solitude et dans ce silence, le levier mystérieux