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LETTRE XIII.
Andernach.


Le voyageur se met à la fenêtre. — Il caractérise d’un mot profond la magnifique architecture de la barrière du Trône à Paris. — À quoi bon avoir été l’empereur Valentinien ? — Quand on rencontre un bossu souriant, faut-il dire quoique ou parce que ? — Un rêve trouvé en marchant la nuit dans les champs. — Paysages qui se déforment au crépuscule. — La pleine lune. — Qu’est-ce qu’on voit donc là-bas ? — Le bloc mystérieux au haut de la colline. — Le voyageur y va. — Ce que c’était. — Le voyageur frappe à la porte. — S’il y a quelqu’un, il ne répond pas. — L’armée de Sambre-et-Meuse à son général. — Hoche, Marceau, Bonaparte. — Dans quelle chambre le voyageur entre. — Ce que lui montre le clair de lune. — Il regarde dans le trou où pend un bout de corde. — Ce qu’il croit entendre dire à une voix. — Il retourne à Andernach. — Le voyageur déclare que les touristes sont des niais. — Les beautés d’Andernach révélées. — L’église byzantine. — Attention que prêtaient à un verset de Job quatre enfants et un lapin. — L’église gothique. — Ce que les chevaux prussiens demandent à la sainte Vierge. — La tour-vedette. — L’auteur dit quelques paroles aimables à une fée.


Andernach.

Je vous écris encore d’Andernach, sur les bords du Rhin, où je suis débarqué il y a trois jours. Andernach est un ancien municipe romain remplacé par une commune gothique qui existe encore. Le paysage, de ma fenêtre, est ravissant. J’ai devant moi, au pied d’une haute colline qui me laisse à peine voir une étroite tranche de ciel, une belle tour du treizième siècle du faîte de laquelle s’élance, complication charmante que je n’ai vue qu’ici, une autre tour plus petite, octogone, à huit frontons, couronnée d’un toit conique ; à ma droite le Rhin et le joli village blanc de Leutersdorf, entrevu parmi les arbres ; à ma gauche les quatre clochers byzantins d’une magnifique église du onzième siècle, deux au portail, deux à l’abside. Les deux gros clochers du portail sont d’un profil cahoté, étrange, mais grand ; ce sont des tours carrées surmontées de quatre pignons aigus, triangulaires, portant dans leurs intervalles quatre losanges ardoisés qui se rejoignent par leurs sommets et forment la pointe de l’aiguille. Sous ma fenêtre jasent en parfaite intelligence des poules, des enfants et des canards. Au fond, là-bas, des paysans grimpent dans les vignes. — Au reste, il paraît que ce tableau n’a point paru suffisant à l’homme de goût qui a décoré la chambre où j’habite ; à côté de ma croisée il en a cloué un autre, comme pendant sans doute ; c’est une image représentant deux grands chandeliers posés à terre