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À Monsieur Soundoukjanz[1].


Hauteville-House, 16 9bre 1867.

J’ai été absent, monsieur. À mon retour je trouve votre lettre excellente. J’accepte avec empressement l’offre que vous voulez bien me faire, et je vous envoie tous mes vœux de succès.

Recevez l’assurance de mes sentiments distingués.

Victor Hugo[2].


À Charles.


H.-H., 17 novembre 1867.

Toi aussi, mon Charles, tu « ensorcelles l’admiration », mais mieux que Delacroix, et par le charme. La ligne du beau est dans ton style, ce qui n’empêche pas ton style d’être vivant, ému, poignant et au besoin pathétique. Témoin cette belle mélancolie, si profonde, sur les bêtes prisonnières de l’homme.

La tempête nous bloque, ce qui fait que nous n’avons eu qu’hier samedi, fort tard, la fin de ton VH en Zélande. Une de tes voyageuses te lit et te relit, éperdue d’enchantement. Kesler dit : c’est de premier ordre. Julie est vaincue dans ses retranchements catholiques et parle de toi à Sénat comme d’un maître. Tu as un très grand succès des journaux ; le Corsaire et le Figaro te citent avec louange ; Chassin, dans le Phare de la Loire, extrait, en deux colonnes, toute mon opinion sur les églises, magnifiquement sténographiée par toi. Son article est intitulé : Une idée patriotique. Si tu veux continuer, et tu voudras (n’est-ce pas, chère Alice ? n’est-ce pas, petit Georges ?) tu auras avant peu dans la presse une situation de premier ordre (bah ! je pille Kesler).

J’espère que les yeux de ta bien-aimée mère se comportent bien. Tout est en bon état ici, malgré l’ouragan. Je vous serre tous étroitement dans mes vieux bras.

Comme tu parles avec grâce de Victor et de sa monumentale traduction !

Auguste est brouillé avec Thierry. Voilà Hernani en grand péril. Quant à Ruy Blas, j’ai fait mon deuil de l’Odéon. Chilly fait la paire avec Thierry, j’en ai peur du moins. Si M. Chilly, qui fait des mots contre moi, voulait jouer Ruy Blas qu’il m’a demandé en des lettres si enthousiastes et si pressantes (que j’ai), les répétitions seraient commencées[3].

  1. Gabriel Soundoukjanz, écrivain arménien, journaliste, homme de lettres et auteur dramatique.
  2. Communiquée par la Société pour les Relations culturelles entre l’U. R. S. S. et l’étranger.
  3. Revue Hebdomadaire, juin 1935.