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À Paul Meurice[1].


Jeudi 10 [octobre 1867].

Je pars ce soir, lundi je serai à Hauteville-house. J’ai reçu hier deux lettres qui m’ont été au cœur, une de vous, exquise, une d’elle, charmante. Dites-lui que, pour tout, je suis à ses ordres, et que mon bonheur serait de lui voir jouer Tisbé, sub umbra alarum tuarum.

Le temps est noir, il pleut ; l’ouest souffle, le vent est furieux, mais je vous aime.

V.[2]


À Madame Victor Hugo[3].


Lundi 14 octobre.

Chère bien-aimée, me voici dans ta maison. Je la trouve très en ordre, et j’embrasse Julie sur la joue droite pour toi et sur la joue gauche pour moi. Je suis parti le cœur gros, triste de vous quitter tous. Il serait pourtant si facile de vivre ensemble et de ne point nous séparer. Nous sommes bien bêtes, nous qui avons tant d’esprit. Hauteville-house se moque de nous, et est plein de fleurs. J’ai eu une première traversée belle et bonne, et une deuxième assez rude, j’ai un peu craché, mais j’aime le mal de mer. J’ai donc vomi avec joie ; l’empire aussi fait vomir, mais lugubrement. J’espère que vous êtes tous bien là-bas, Alice toujours charmante, Charles toujours bon, Victor toujours doux, toi couvrant tout de tes ailes. Je mets dessous le petit Georges. Quel doux être ! qu’il soit béni ! Charles et moi travaillons pour lui. Son cher sourire lointain, après avoir été ma joie, est aujourd’hui ma tristesse. Je vous serre dans mes bras, mes bien-aimés.

V.

Amitiés aux amis. Je vous envoie les baisers de Julie petite sœur. Elle m’a vraiment accueilli bien gentiment. Sénat m’a inondé de cabrioles, ses quatre pattes sont partout marquées sur moi. — Et je vous embrasse encore tous, et je t’embrasse, chère femme bien-aimée.

N’oubliez pas de m’envoyer trois photographies de Georges, deux pour ces deux dames, une pour moi[4].

  1. Inédite.
  2. Bibliothèque Nationale.
  3. Inédite.
  4. Bibliothèque Nationale.