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À Monsieur Amédée de Cesena[1].
Bruxelles, 20 juillet 1867.
Cher confrère et ancien ami,

Vous avez écrit, à propos de la regrettable mort de M. Ponsard, une page éloquente à laquelle vous avez bien voulu mêler mon nom. Je l’ai reçue à Guernesey, et c’est de Bruxelles que je vous en remercie. J’y suis arrivé hier 19. Dites à votre spirituel et sympathique collaborateur qui, ce me semble, persiste dans son erreur, que depuis tout à l’heure seize ans, je n’ai pas mis le pied en France, que je me suis fait une loi d’honneur de n’y rentrer que dans de certaines conditions, et que, sur un cordial appel signé de vous il y a quelques mois, je vous ai donné à vous-même les raisons — que, du reste, tout le monde connaît — de ma persistance dans l’exil. Tout ceci ne vaut pas la peine d’en parler. Pourtant je tiens à éclairer, tout en les remerciant, les personnes bienveillantes qui ont la bonté de vouloir me ramener en France un peu trop tôt.

Je suis toujours heureux d’avoir une occasion de vous dire, en dépit de nos profonds dissentiments politiques, combien votre cordialité m’est précieuse.

Votre vieil ami
Victor Hugo[2].


À Émile de Girardin.
Bruxelles, 21 juillet 1867.

Avec vous, cher grand penseur, même quand je ne réussis pas, je ne me lasse jamais, car je sais que, fidèle à votre puissant esprit d’initiative, vous finissez toujours par vouloir et par essayer.

Je suis convaincu que si vous eussiez gardé dans la Presse et dans la Liberté M. Emmanuel des Essarts que je vous recommandais, M. Emmanuel des Essarts avait en lui la croissance d’un critique de premier ordre. Je suis certain qu’en M. Arrigo Boïto, poëte italien, vous eussiez très vite constaté et fait constater par tous un excellent écrivain français. Les italiens peuvent écrire en français avec supériorité, témoins Mazzini, Petruccelli della Gattina,

  1. Rédacteur de la Vogue parisienne.
  2. La Vogue parisienne.