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Suivent deux pages du même style sur Ledru-Rollin, qui est un « gros richard », sur Rochefort, qui fut pris à Meaux avec quantité de billets de banque dans la doublure de ses habits, sur Garibaldi, que vous appelez Garibaldi-pacha, qui fait la guerre sans se battre, qui avait pour armée quinze mille bandits poltrons comme la lune, et qui s’est sauvé en emportant nos millions, etc., etc.

Je ne perdrai pas mon temps à vous dire, monsieur, que dans les dix lignes citées plus haut, il y a autant de mensonges que de mots, vous le savez.

Je me contente de noter dans ces lignes une appréciation littéraire, la qualification infâme appliquée au livre les Misérables.

Il y a dans les Misérables un évêque qui est bon, sincère, humble, fraternel , qui a de l’esprit en même temps que de la douceur, et qui mêle à sa bénédiction toutes les vertus ; c’est pourquoi les Misérables sont un livre infâme.

D’où il faut conclure que les Misérables seraient un livre admirable si l’évêque était un homme d’imposture et de haine, un insulteur, un plat et grossier écrivain, un idiot vénéneux, un vil scribe de la plus basse espèce, un colporteur de calomnies de police, un menteur crossé et mitré.

Le second évêque serait-il plus vrai que le premier ? Cette question vous regarde, monsieur. Vous vous connaissez en évêques mieux que moi.

Je suis, monsieur, votre serviteur.

Victor Hugo[1].


À François-Victor.


H.-H., 24 Xbre.

Mon Victor, primo, les affaires[2] :

Je n’envoie pas encore le mois de janvier d’Adèle (exigible seulement le 17) je suis gêné par un remboursement de 7 375 fr. que j’ai à faire en janvier pour avances à moi faites sur dépôt d’actions.

Un détail : il me paraît impossible que vous ayez donné au portier de la rue Drouot un denier à Dieu de 45 francs, à moins que les étrennes n’y soient comprises. Meurice avait donné au portier de la rue La Rochefoucauld un denier à Dieu de 6 francs. Vérifie l’erreur.

Ouf ! Parlons de toi et de nous. Je suis bien content. Tu vas de mieux en mieux. J’ai eu une attaque de néphrite à Vianden, c’est affreux. Mais nous voilà hors. Un bien bel article de toi m’arrive aujourd’hui. Je souhaite que Thiers finisse par mériter tout ce que tu dis de lui en si nobles termes.

Je travaille éperdument. Je ne puis aller à Paris, mais si Mme Favart vient, dis-lui que je lui offre l’hospitalité à Hauteville-house. Elle habitera la

  1. Brouillon. Archives de la famille de Victor Hugo.
  2. Compte des fonds envoyés pour le premier trimestre de 1873.