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travail ne sera faite par vous que de mon consentement, ce qui a toujours été convenu, et que, dans aucun cas, aucun journal ou recueil ne pourra publier cette introduction avant qu’elle ait paru dans le livre Paris-Guide. — S’il y avait à retrancher quelques mots, une édition séparée complète serait, de droit, publiée en Belgique.

Je vous réponds courrier par courrier. Faites de même. Gagnons du temps. Mille bien affectueux compliments[1].


À Monsieur Albert Caise[2].


Hauteville-House, 20 mars 1867.

La question posée par l’anonyme dont vous me parlez s’explique de la façon la plus simple. Ces matières sont de bien peu d’importance, mais ce qui est certain, c’est que vous avez raison et que l’anonyme n’a pas tort.

La parenté de l’évêque de Ptolémaïs est une tradition dans ma famille. Je n’en ai jamais su que ce que mon père m’en a dit. M. Buzy, ancien notaire à Épinal, m’a envoyé spontanément quelques documents, qui sont dans mes papiers.

Personnellement, je n’attache aucune importance aux questions généalogiques. L’homme est ce qu’il est, il vaut ce qu’il a fait. Hors de là, tout ce qu’on lui ajoute et tout ce qu’on lui ôte est zéro. D’où mon absolu dédain pour les généalogies.

Les Hugo dont je descends sont, je crois, une branche cadette, et peut-être bâtarde, déchue par indigence et misère. Un Hugo était déchireur de bateaux sur la Moselle. Mme de Graffigny (Françoise Hugo, femme du chambellan de Lorraine) lui écrivait : mon cousin. Le « spirituel et savant anonyme » a raison, il y a dans ma famille un cordonnier et un évêque, des gueux et des monseigneurs. C’est un peu l’histoire de tout le monde. Cela existe très curieusement dans les îles de la Manche. (Consulter les Travailleurs de la Mer. — Tangrouille…)

En d’autres termes, je ne suis pas Tangroville, je suis Tangrouille... J’en prends mon parti. Si j’avais le choix des aïeux, j’aimerais mieux avoir pour ancêtre un savetier laborieux qu’un roi fainéant.

  1. Collection Louis Barthou.— Paris. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  2. Albert Caise avait publié une généalogie de Victor Hugo où il attribuait au poète les armes des Hugo de Lorraine. Un anonyme discuta cette attribution dans le Figaro, demandant où l’on pourrait placer, dans cette généalogie, Hugo, évêque de Ptolémaïs.