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À Charles.


H.-H., dim. 19 Xbre.

Mon Charles, te voilà condamné, c’est une gloire. Tu écris dans le Rappel d’admirables et intrépides pages, et tu méritais ce chevron. Tu as bien fait de te présenter devant ces prétendus juges, tu n’étais pas dans la position où tu eusses été si tu n’avais pas mis le pied à Paris depuis l’exil. Ton refus, conforme cependant aux principes, n’eût pas été compris, et il faut tenir compte des reflets colorants. De même tu feras bien (et tu y es, je pense, décidé) d’aller dans leur prison. Ce sera brave et simple, et tu auras la plus fière et la plus hautaine attitude. Ta position doit être égale à ton grand talent et à ton grand esprit. Tu as besoin d’air et d’exercice et l’on ne pourra te refuser la maison de santé qu’on a accordée à d’autres. (MM. Delescluze, Pichat, etc.). Alice, Petit Georges, Petite Jeanne pourront être près de toi. Fais vite ce pensum ; après, tu viendras jouir du charmant printemps de Guernesey, du jardin de Hauteville-House, du soleil, des fleurs, de la liberté, et de mon vieux cœur qui t’aime.

V.

Tout le goum des proscrits t’envie et te félicite. Envoie-moi le nom de tes juges. Je désire les encadrer[1].


À Paul Meurice[2].


H.-H., dimanche 19 [décembre 1869].

Je pense que vous m’approuverez d’écrire à Jules Favre et à Gambetta. Leur conduite dans l’affaire du Rappel a été belle et bonne. Je vous envoie mes lettres pour eux, si vous les trouvez ce qu’elles doivent être, soyez assez bon pour les leur transmettre. Je vous envoie aussi ma lettre à Charles[3]. Vous l’approuverez aussi, je pense. Voulez-vous vous en charger ? ce paresseux de Charles ne m’a pas écrit, et je ne sais pas son adresse à Paris.

Rochefort étant maintenant à part, et suivant une ligne à lui, vous trouverez certainement bon et utile un certain rapprochement avec la gauche, sans déserter le moins du monde votre excellent terrain radical.

  1. Revue Hebdomadaire, juin 1935.
  2. Inédite.
  3. Actes et Paroles. Pendant l’exil.