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Votre effrayant labeur du Rappel ne peut durer toujours ainsi, et je songe souvent aux œuvres que vous nous devez, à ce Faust que j’attends, à votre grand théâtre que vous continuerez avec d’autant plus d’ardeur ayant repris votre plume-glaive de critique. Vous verrez comme tout s’aplanira. Être admiré est une moitié, être redouté est l’autre. Grandes œuvres, et grands succès, votre passé commande votre avenir.

M. des Essarts vient de publier un livre les Voyages de l’Esprit. S’il croit par hasard que je l’ai reçu, détrompez-le (au cas où vous le verriez). Est-il à Paris ?

Que de choses j’aurais à vous dire ! je rêve par instants que vous devriez bien accompagner Charles qui va venir. On peut faire de Guernesey le Rappel (sauf le théâtre pourtant). Je vous envoie tout mon vieux cœur.

V.

Hetzel publie de moi une exquise édition Elzévir. L’avez-vous vue ? — Envoyez-vous le Rappel à M. Rascol, directeur du Courrier de l’Europe de Londres, meilleur pour vous que l’Indépendance belge ? J’ai reçu le très bel envoi de M. Chifflart. Son Rappel est superbe. Voulez-vous le féliciter de ma part quand vous le verrez. Je lui écrirai. Il a supérieurement réussi l’illustration des Travailleurs de la mer, surtout le côté terrible. Je ne sais pas son adresse. Je lui ai écrit par Guérin ainsi qu’à Alphonse Karr. Je doute que mes lettres soient parvenues. Si vous voyez Guérin et si vous y pensez, voulez-vous lui demander s’il les a envoyées ? Beaucoup d’exemplaires de l’Homme qui Rit, envoyés par moi, aux soins de la librairie Lacroix, ne sont pas arrivés aux destinataires. Vous m’écrivez que vous êtes administrés comme je suis édité. Je vous plains.

À vous encore. — À vous toujours[1].


À Charles. À François-Victor[2].


H.-H., 14 juin.

Bonjour, mes deux bien-aimés. Victor ne se doute pas qu’une tuile vient de lui tomber sur la tête. Heureusement j’étais là pour la recevoir. Mme Nicolle réclame 80 fr. dus par Victor (depuis 1856 !) pour un Talma. J’ai payé les 80 francs et il va sans dire que j’en fais cadeau à Victor. En même temps, une autre tuile, énorme celle-là, s’est abattue sur moi, de la même boutique Nicolle. Mme Nicolle m’a réclamé (avec longue facture à l’appui) deux mille quatrevingt-cinq francs dus à elle, dit-elle, par Mme Victor Hugo. J’ai payé en silence, mais non sans étonnement. Ces 2 085 francs

  1. Bibliothèque Nationale.
  2. Inédite.