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Croiriez-vous que M. Lacroix ne m’a pas encore envoyé mes 10 exemplaires (édition parisienne) de l’Homme qui Rit. J’ai écrit deux fois à notre ami Th. Guérin. Pas de réponse. Parlez-lui en. Cette étrangeté du premier ordre m’intrigue[1].


À Gustave Frédérix.


Hauteville-House, 21 mai 1869.

Cher Monsieur Frédérix, cette page si élevée et si éloquente[2] en appelle, ce me semble, une seconde, qu’il est digne de vous d’écrire ; c’est l’examen de la question d’art dans toute sa hauteur.

Ce qu’on me reproche, Quintilien le reproche à Eschyle, Cecchi à Dante, Voltaire à Shakespeare et tout le monde à Rabelais.

Totus in antithesi, c’est le cri de Forbes contre Shakespeare. Si cela est, la question ne m’est plus personnelle ; elle s’élargit et en même temps se simplifie ; ce n’est plus moi qui ai un tempérament, c’est l’idéal qui a des exigences, c’est l’art qui a des sommets. Ces sommets m’attirent, je l’avoue.

Un dernier mot qui vous frappera dans la rare justesse de votre esprit. La loi de l’art est partout la même. Ce qu’on reproche à Shakespeare, l’énormité (singulier reproche) est aussi ce qu’on reproche à Michel-Ange.

C’est précisément parce que votre esprit est si délicat qu’il est robuste, et il me semble que cet aspect vrai de la question agrandie peut inspirer à votre noble intelligence, à propos de l’Homme qui Rit, une deuxième page très belle.

À vous ex imo.
Victor Hugo[3].


À Madame Blanchecotte[4].


H.-H., 22 mai 1869.

Votre livre[5], Madame, ressemble à certains breuvages, il est amer et doux. Et salutaire.

Pourtant votre noble esprit finira par s’attendrir.

Je vous remercie du gracieux envoi, et je me mets à vos pieds.

Victor Hugo[6].
  1. Bibliothèque Nationale.
  2. L’Indépendance belge, mai 1869.
  3. Communiquée par les héritières de Paul Meurice.
  4. Inédite.
  5. Impressions d’une femme, pensées, sentiments et portraits.
  6. Communiquée par la librairie Cornuau.