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Aux rédacteurs du Progrès de Lyon[1].


Hauteville-House, 21 janvier 1869.

J’approuve entièrement votre plan, à une condition pourtant, c’est qu’avant tout il y aura entente dans la presse démocratique pour mettre à l’ordre du jour la question du serment imposé aux candidats.

.   .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .

Commençons par le commencement. J’ai plus de souci des principes que du succès :

On me dit : — Mais si vous ne faites pas fléchir votre ligne de conduite (linea rectu) votre exil ne finira pas. — Pardon, il finira à ma mort.

Victor Hugo[2].


À Monsieur Piérart[3].


Hauteville-House, 22 janvier 1869.
Monsieur,

Cette fois encore, à mon bien grand regret, je ne puis faire ce que vous voulez bien désirer de moi. Si le hasard fait tomber sous vos yeux quelques pages écrites par moi sur Waterloo dans un livre intitulé les Misérables vous comprendrez que je m’abstienne. J’ai la même intention patriotique et démocratique que vous, mais nos jugements historiques diffèrent profondément. Dans ces pages je condamne, et très sévèrement. Napoléon, mais à un autre point de vue que le vôtre, et je vois la bataille tout autrement. Du reste, la polémique contre Napoléon Ier me paraît moins urgente que la lutte contre Napoléon III. Proximmardet Ucalegon.

Je juge Napoléon Ier et je combats Napoléon III, telle est ma nuance. Vous me comprendrez, Monsieur, et vous m’approuverez, je pense. Sous les réserves que je viens d’indiquer, j’apprécie très haut votre remarquable talent et votre livre consciencieux.

Recevez l’assurance de mes sentiments très distingués.

Victor Hugo[4].
  1. Le Progrès de Lyon avait publié, le 1er janvier 1869, un plan pour les élections ; ce plan conseillait la multiplicité des candidatures chez les démocrates libéraux, se présentant tous au premier tour de scrutin ; un comité électoral, composé des élus au premier tour, désignerait le candidat qui devrait être porté au deuxième tour. Le Progrès de Lyon demanda l’adhésion de Victor Hugo et publia sa réponse, émaillée de points de suspension.
  2. Actes et Paroles. Pendant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  3. M. Piérart se plaignait du silence de la presse au sujet de son livre Le Drame de Waterloo, 11 demandait à Victor Hugo « de faire honte à une presse coupable », sans doute par une lettre qu’il aurait rendue publique.
  4. Bibliothèque Nationale.