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qui t’occupe. Tu ne sais pas combien ces preuves de ta confiance me touchent et me pénètrent. Il m’est si doux de lire dans ta belle âme, d’étudier ton noble cœur ! Et ne me parle plus, mon Adèle bien-aimée, de tes craintes sur mon estime, etc. Il faudrait que j’en fusse bien peu digne moi-même pour ne pas t’estimer et te respecter comme je t’aime, avec enthousiasme. Crois, de grâce, que ton affection a rencontré un être reconnaissant. Je n’ai pas besoin d’être bon, chère amie, pour te dire avec transport la vérité sur ce que je pense de toi ; je ne puis avouer que j’aurais aimé davantage une demoiselle qui se fût conduite autrement[1], car je ne conçois pas qu’on aime plus que je ne t’aime, ni qu’on se conduise mieux que tu ne te conduis, et si l’on me parlait d’une jeune personne qui agît comme toi, j’irais baiser la poussière de ses pieds.

N’aie donc pas peur, je t’en conjure, d’être coupable ou dis-moi que je suis un scélérat, car il faut l’être pour avoir pu troubler une conscience aussi pure que la tienne, Adèle. Car tu es ma femme, tu m’appartiens comme un bien sacré, et nous sommes mariés aux yeux de Dieu et aux nôtres, en attendant que nous le soyons à ceux des hommes. Adieu, mon Adèle bien-aimée, tu vois que ma réponse est bien longue quoique ta lettre fût bien courte. J’espère que tu me récompenseras de ne pas m’être vengé. Hélas ! eût-ce été une vengeance ? Adieu, adieu, ma femme, pense à moi comme je pense à toi, écris-moi aussi long que je t’écris et aime-moi comme je t’aime.

Je t’embrasse avec respect.

Victor.

Parle-moi de ta santé. Que ne puis-je l’entretenir au prix de la mienne, de ma vie !

  1. « Avoue que tu aurais aimé davantage une demoiselle qui aurait été ce qu’elle doit être ; si l’on te parlait d’une jeune personne qui se conduisît à l’égard d’un jeune homme comme je me conduis envers toi, qu’aurais-tu pensé ? J’ai peur d’être bien coupable. » (Reçue le 17 novembre 1821.)