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À Ulric Güttinguer.


Paris, 15 mars 1848.

Cher Ulric, nos cœurs se comprennent à travers l’absence, et nos mains se serrent à travers l’espace.

Espérons, confions-nous. Le ciel est noir, mais il redeviendra rose. Comment douter du dénouement ? Il sera évidemment bon pour le genre humain tout entier ; espérons ! c’est Dieu qui fait la pièce et c’est la France qui joue le rôle.

Je vous envie vos arbres, votre mer et votre esprit.

Aimez-moi !

Victor[1].


À Madame Dorval.


22 mai 1848.

Je sais, madame, l’affreuse douleur qui vous frappe[2], je l’ai dit à ma femme qui a pleuré. Tous les jours, je veux aller vous voir, mais je suis dans un tourbillon. Ce serait une douceur pour moi de vous serrer la main. Je comprends à quel point la souffrance est poignante pour une femme de votre cœur et de votre génie ; toute consolation est inutile, hélas ! pourtant songez à Dieu et regardez dans le ciel. J’ai là un ange que j’y revois, vous y reverrez le vôtre.

Je mets ma douloureuse sympathie à vos pieds.

Victor Hugo[3].


À Paul Meurice[4].

Cher poëte, je ne vous vois plus, on me dit que vous êtes malade, et moi qui vous lisais tout à l’heure, jamais je ne vous ai trouvé mieux portant. Avec quelle admirable verve vous avez fouaillé ce sauvage qui s’ap-

  1. La Revue, 1er octobre 1903.
  2. Madame Dorval venait de perdre son petit-fils, le 20 mai.
  3. L. Coupy. Marie Dorval.
  4. Inédite.