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pour moi un de ces bonheurs profonds dans lesquels on sent un devoir. Qu’il m’aime, rien de plus, et que tout ceci, commencé par un sourire de vous, finisse par un serrement de main entre nous. — Cela ne veut pas dire que je ne serais pas très rayonnant et très fier si Lamartine mêlait quelqu’un de ces jours mon nom à son admirable parole, grand Dieu, cela me comblerait et me toucherait plus que je ne puis dire. Seulement, ce serait du luxe, du luxe magnifique comme celui qui vient du cœur. Faites là-dessus ce que vous voudrez. Tout ce que vous faites est excellent et charmant, parce que tout ce que vous faites vous ressemble. Mais dites-lui qu’à cette heure où j’écris je me tiens pour absolument content et satisfait. Qu’y a-t-il de meilleur au monde qu’une parole de lui redite par vous[1] !

Je crains, chère et illustre amie, de n’être libre ni ce soir, ni demain, mais j’irai certainement avant la fin de la semaine mettre tout ce que j’ai dans l’âme et dans l’esprit à vos pieds.

Victor[2].


À Lamartine.


Vous êtes un grand et admirable cœur. Demandez à Mme de Girardin qu’elle vous montre la lettre que je lui écrivais ce matin. J’espère bien que j’aurai la joie de parler de vous à la tribune avant que vous me fassiez la gloire de parler de moi.

Je vous serre les deux mains.

Victor H.[3]
2 juin [1846].


À Auguste Vacquerie.


Cher poëte, je vous envoie confidentiellement copie de la lettre que je reçois de Lamartine. Vous voyez comme j’ai raison de dire que c’est un noble et grand cœur. Si vous parlez de ce qu’il a dit à cette Chambre,

  1. Le même jour Victor Hugo recevait de Lamartine ce billet :
    Mon cher et illustre ami,
    Mme de Girardin m’écrit que je vous avais involontairement blessé par une phrase de tribune non écrite et non réfléchie à propos de l’Odéon. Je suis désespéré. Je me couperais un morceau de la langue plutôt que de dire un mot qui désavouât ou qui froissât une amitié de 20 ans, ma plus glorieuse amitié. Est-ce vrai ? et que faire ? Tout pour convaincre le public qu’il n’y a dans mon esprit pour vous que l’admiration la plus égale à celle de l’avenir, et dans mon cœur qu’attachement et fidélité.
    Lamartine.
  2. Collection de M. Détroyat.
  3. Collection du Marquis de Luppé.