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à l’horizon, au lieu de diminuer il grandira, au lieu de s’éloigner, il s’approchera, je reverrai la bonne petite tête que j’aime, et j’embrasserai mon enfant. — N’oublie aucun de ces détails, mon Toto. Voilà les souvenirs dont il faut meubler sa pensée et sa vie. Je pars aujourd’hui. Dans quelques jours j’écrirai d’où je serai, et ta pourras m’écrire à ton tour. Travaille bien, amuse-toi bien, porte-toi bien, aime-moi bien, fais tout bien. Bien est comme Dieu, un mot magique. — Je t’embrasse tendrement[1].


À Charles Vacquerie et à Léopoldine.


San-Sébastian, 31 juillet.

Vous êtes de mes enfants, mon bon Charles, et c’est à vous que j’écris aujourd’hui. Je suis en Espagne, si la Biscaye peut s’appeler Espagne. Le pays est admirable, mais il y a énormément de puces. Quand on va se baigner, on en rapporte de l’océan.

J’espère que vous allez toujours bien au Havre, et que ma petite madame continue d’être une jolie Havraise la plus heureuse du monde. J’espère que votre frère Auguste fait au bord de la mer de ces beaux vers que les grandes choses de la nature donnent aux esprits comme le sien. J’espère que madame Lefèvre passe son été près de vous avec douceur et consolation. Enfin, j’espère que le bon Dieu ne vous refuse là-bas rien de ce que je lui demande ici pour vous, santé, bonheur, prospérité et joie.

Je vous embrasse tendrement.
V.

Je continue avec toi, ma fille chérie, la lettre commencée avec ton mari. Il me semble que je ne change pas d’interlocuteur. Vous êtes un seul cœur dans deux âmes.

Tu trouveras sous ce pli deux dessins. L’un est pour toi, l’autre pour Toto. Choisissez chacun celui que vous voudrez. La prochaine fois j’en enverrai un à ma Dédé. Je la prie de me faire crédit jusque-là. J’ai les yeux un peu malades, et puis sous ce beau ciel espagnol il fait depuis quatre jours beaucoup de brouillard, ce dont ces deux dessins se ressentent.

  1. Archives de la famille de Victor Hugo. Revue Hebdomadaire, Juin 1935.