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sauvage où je n’ai trouvé qu’une tasse de lait et la mer, si je veux la boire. Je me dépêche de vous écrire à tous pour faire un bon dessert à mon mauvais souper.

À bientôt, ma Dinette. J’espère que ta mère et ton grand-père, si excellents tous deux, sont toujours contents de toi. J’ai annoncé à mademoiselle Louise que tu allais lui écrire ainsi que les autres petits. Ne l’oublie pas. Ne m’oublie pas non plus, moi le pauvre père absent. J’ai fait aujourd’hui l’aumône à une petite fille bien malheureuse en pensant à toi, ma Didine bien-aimée.

Ton papa,
V.

Maman, vous donnerez vingt sous à ma Poupée[1].


Monsieur Auguste Vacquerie[2],
Pension Favart,
212, rue Saint-Antoine.


Paris, 2 août [1836].

J’arrive, monsieur, et je trouve vos vers, vos charmants vers. Je vous l’ai déjà dit, il y a en vous un poëte, un poëte plein de fraîcheur, de jeunesse et de gravité. Vous êtes penseur et vous êtes écrivain. Marchez devant vous. J’arrive de cette belle Normandie dont vous me parlez. Elle est assez belle pour que j’y retourne deux fois, et j’y retournerais trois fois pour la voir avec vous. Croyez, monsieur, que ce serait un vrai bonheur pour moi s’il m’était jamais loisible de me rendre à votre gracieuse invitation.

Toute ma famille est encore à la campagne, ce qui fait que je ne suis ici

  1. Collection M. le Baron de Villiers.
  2. Inédite. Poète, auteur dramatique, critique, journaliste, Auguste Vacquerie fut, en 1843, apparenté à Victor Hugo par le mariage de son frère, Charles Vacquerie, avec Léopoldine. Auguste Vacquerie fut, en 1848, l’un des fondateurs de l’Événement. Ce journal, poursuivi à maintes reprises, vit, en 1851, quatre de ses fondateurs (les deux fils de Victor Hugo, Paul Meurice et Vacquerie) successivement condamnés ; Vacquerie eut pour sa part six mois de prison. Quand il en sortit, il rejoignit Victor Hugo à Jersey, puis il le suivit à Guernesey et vécut là en famille jusqu’en 1869, ne faisant à Paris et à Villequier que de courts séjours. La première comédie d’Auguste Vacquerie, Tragaldabas, eut une chute retentissante en juillet 1848, ce qui n’empêcha pas l’auteur sifflé d’écrire plusieurs pièces dont deux sont restées au répertoire du Théâtre-Français : Jean Baudry et Souvent Homme varie. En 1856, il donna dans Profils et grimaces une critique variée, tant des drames et des auteurs de son époque que des écrivains des XVIIe et XVIIIe siècles. En 1869, il reprit son rôle de polémiste en fondant, avec ses collaborateurs de 1848, le Rappel et continua la publication de ce journal après la mort de Victor Hugo et de ses fils. A. Vacquerie avait voué au Maître un culte que la mort même ne put diminuer.