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Du reste, je suis ici comme tu sais, au milieu de cette charmante hospitalité que tu connais. M. Bertin est toujours le même, excellent, gai, amusant, le meilleur des hôtes. Il me ferait bien rire avec sa gaîté si je pouvais rire quand je ne t’ai pas. Je leur ai dit hier soir mes vers sur Bièvre. Cela les a enchantés. M. Hérold est venu ce matin me relancer ici pour ces vers qu’on me demande pour le Panthéon[1]. Je ne sais pas ce que je ferai, ni si je les ferai. Je ne pense qu’à toi, mon Adèle.

Je suis ravi. Il pleut toujours. Cela fera manquer la visite à Port-Royal, et je pourrai repartir tout de suite. Embrasse toujours pour moi nos chers petits enfants, et cette bonne Martine[2] à qui je te recommande. Adieu, ange ! Soigne-toi, porte-toi bien, aime-moi, pardonne-moi. Quand je reviendrai, je te ferai ôter tes bas pour baiser tes petits pieds bien-aimés.

Ton Victor[3].


À J. Hérold.


Bièvre, 18 juillet 1831.

Voici, monsieur, deux ou trois méchantes strophes[4]. Je ne crois pas que vous en puissiez faire grand’chose. Ce sera un beau triomphe pour votre talent si vous parvenez à faire vivre et respirer cet embryon informe. J’ai cru qu’il fallait que cela fût simple, funèbre et grandiose ; je crois que cela est trop simple, peu funèbre et pas du tout grandiose. En tout cas, brûlez ces vers s’ils vous paraissent trop méchants, et n’y voyez qu’une preuve du désir que j’avais de faire une chose qui pût vous être agréable. Pour moi, je me féliciterai toujours d’une occasion qui m’a procuré l’honneur de faire votre connaissance.

Agréez, je vous prie, monsieur, l’expression cordiale de ma considération distinguée.

Victor Hugo.

Je serai à Paris mercredi soir.

Si c’est trop long, je crois que vous pourriez supprimer la dernière strophe.

  1. Le ministère avait demanda à Victor Hugo un Hymne aux morts de Juillet, pour l’inauguration du monument élevé au Panthéon en leur honneur. On avait demandé la musique de l’hymne à Hérold, qui venait de remporter le grand succès de Zampa.
  2. Victor Hugo avait recueilli la tante Martine, veuve du major Francis Hugo.
  3. Bibliothèque Nationale.
  4. Ces vers parurent dans les journaux de l’époque, et furent insérés, en 1835, dans les Chants du Crépuscule.