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ne m’appartiens pas en ce moment. Je suis tyrannisé par une mauvaise catin[1] qui en tyrannisait bien d’autres il y a deux cents ans et qui me force à courir tous les jours des Champs-Élysées à la Porte Saint-Martin. C’est une persécution pour moi en attendant que c’en soit une pour vous et pour le public. Soyez donc indulgent, je vous prie, et donnez-moi la première de celles de vos soirées dont vous pourrez disposer.

Votre ami,
Victor H[2].


À Sainte-Beuve.


Ce vendredi matin, 1er juillet 1831.
.   .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .
Dans un concours heureux brillaient de toutes parts

Le sentiment, le charme et l’amour des beaux arts.
Sur quarante mortels qui briguaient son suffrage

Est-ce peu qu’aux traits séduisants
De votre muse de quinze ans
L’Académie ait dit : Jeune homme, allons ! courage !

Tendre ami des neuf sœurs, mes bras vous sont ouverts !

Venez, j’aime toujours les vers[3] !

Voilà tout ce que je me rappelle, mon cher ami. C’était en 1817. Faites de cela ce que vous voudrez. Ce sont de bien pauvres vers à encadrer dans votre riche prose, et vous avez bien de la charité d’enchâsser ainsi cet infortuné François de Neufchâteau.

Nous sommes ici admirablement, si bien que nous ne savons guère quand nous en partirons : ma femme est ravie, gaie, émerveillée, heureuse, bien portante. C’est une charmante hospitalité. Adieu. On sonne la cloche pour le déjeuner.

N’oubliez pas de m’écrire de Liège[4].

Toujours bien à vous,
Victor[5].
  1. Marion de Lorme qu’on répétait à la Porte Saint-Martin.
  2. Collection Louis Barthou.
  3. Sainte-Beuve avait écrit la veille à Victor Hugo, alors chez les Bertin avec sa femme, pour
    lui demander les quatre ou cinq premiers vers que François de Neufchâteau avait adressés au
    jeune poëte après le concours de l’Académie où Victor Hugo avait obtenu une mention. Sainte-Beuve voulait citer ces vers dans l’article qu’il préparait sur Victor Hugo pour la Biographie des Contemporains, juillet 1831.
  4. Sainte-Beuve devait partir incessamment pour Liège où il avait été nommé titulaire d’une chaire de littérature ; mais il y renonça et expliqua à Victor Hugo, dans une lettre que nous n’avons pas, les motifs de sa décision.
  5. Archives Spoelberch de Lovenjoul.