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plus d’éloquence, plus d’intelligence, plus de vie. Tout y est admirable ; je l’avais déjà vu bien avancé dans vos mains, mais il a maintenant ce je ne sais quoi d’achevé qui complète une grande œuvre. Que ces rides de marbre sont belles ! C’est de la chair comme Puget, c’est de l’idéal comme Jean Goujon. Ce buste, mon ami, est une des plus magnifiques choses que vous ayez faites. La vieillesse rendue avec jeunesse : le génie traduit par le génie.

Nous avons bien regretté votre absence l’autre soir, mais c’est ma faute. J’avais compté sur vous comme sur Ch. Nodier, qui a pu en effet venir à l’improviste, et qui sera bien heureux de vous voir chez lui. Pour me consoler, j’ai rompu ma lance en faveur de votre beau Racine, et votre ami M. Bonange m’a bravement secondé. Je ne cesse de le dire toujours et partout : vous êtes le premier, vous êtes l’unique !

À propos d’homme de génie, voulez-vous voir l’abbé de Lamennais ? Il est à Paris pour quatre ou cinq jours : il m’écrit qu’il viendra me voir aujourd’hui de midi à deux heures. Tâchez de vous échapper un moment à cette heure-là. Vous tomberez de Rossini en Lamennais. C’est une bonne fortune pour un créateur de têtes comme vous.

Sans adieu, n’est-ce pas ?

Victor[1].


À David d’Angers.


Ce 1er novembre 1828.

Je suis bien contrarié, cher ami ; une affaire pressante a forcé Lamartine de partir inopinément avant-hier. Il est vrai qu’il reviendra au mois de janvier passer trois mois à Paris et qu’il compte bien que vous serez toujours dans les mêmes dispositions à son égard[2] ; mais c’est une chose dure pour moi que d’attendre deux mois un de vos chefs-d’œuvre.

Sans adieu. J’espère bien toujours vous servir de satellite ce soir, si je ne suis pas trop enroué. À quelle heure vous attendrai-je, à propos ?

À vous du fond du cœur,

Victor Hugo.
  1. Bibliothèque d’Angers.
  2. David avait demandé à Victor Hugo de le présenter à Lamartine. Il voulait faire son buste et l’avait déjà commencé quand il reçut cette lettre. Ce buste, exécuté en 1829, fut exposé au Musée Colbert en 1830. Il appartient à l’Académie Française.