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plus trouvé aussi bien. On a pour les malades chez M. Esquirol des soins infinis, mais ce qui est le plus funeste à Eugène, c’est la solitude et l’oisiveté, auxquelles il est entièrement livré dans cette maison. Quelques mots qui lui sont échappés m’ont montré que dans l’incandescence de sa tête il prenait cette prison en horreur ; il m’a dit à voix basse qu’on y assassinait des femmes dans les souterrains et qu’il avait entendu leurs cris. Tu vois, cher papa, que ce séjour lui est plus pernicieux qu’utile.

D’un autre côté, la pension (dont M. Esquirol doit t’informer) est énorme ; elle est de 400 francs par mois. D’ailleurs le docteur Fleury pense que la promenade et l’exercice sont absolument nécessaires au malade. Je te transmets tous ces détails, mon cher papa, sans te donner d’avis. Tu sais mieux que moi ce qu’il faut faire ; je crois néanmoins devoir te dire qu’il existe, m’a-t-on assuré, des maisons du même genre où les malades ne sont pas moins bien que là, et paient moins cher.

Il paraît qu’on n’a point assez caché à Eugène qu’il fût parmi des fous ; aussi est-il très affecté de cette idée, que j’ai néanmoins combattue hier avec succès.

Je t’écris à la hâte, bon et cher papa, au milieu de tous les ennuis que me donne la banqueroute de mon libraire ; garde-toi un peu, pour la vente de tes Mémoires, de l’extrême confiance de notre bon Abel ; c’est lui qui m’a, bien involontairement il est vrai, poussé dans cette galère.

Adieu, cher et excellent papa, nous t’embrassons tous ici bien tendrement.

Ton fils dévoué et respectueux,
Victor.

Nos hommages à ta femme, dont nous attendons des nouvelles[1].


À Monsieur Pinaud.


Gentilly, 9 juin 1823.
Monsieur et bien cher confrère,

Notre excellent Jules de Rességuier m’a montré votre lettre, et tout ce qu’elle contient de tendre et d’aimable pour moi m’a vivement touché. Je n’ai pas été moins sensible au sentiment qui vous a inspiré de prononcer

  1. Bibliothèque municipale de Blois.