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courrait qu’à dater du 1er octobre, ce qui remettrait mon bienheureux mariage à la fin de septembre ; c’est bien long, mais je me console en pensant que mon bonheur est décidé. Quand l’espérance est changée en certitude, la patience est moins malaisée. Cher papa, si tu savais quel ange tu vas nommer ta fille !

J’attends toujours impatiemment ton poème, et je ferai des exemplaires du Journal de Thionville l’usage que tu m’indiques[1] ; un espagnol nommé d’Abayma, qui m’est venu voir hier, m’a parlé de mon père de manière à m’en rendre fier, si je ne l’avais pas déjà été.

Je n’ai aucune prévention contre ton épouse actuelle[2], n’ayant pas l’honneur de la connaître. J’ai pour elle le respect que je dois à la femme qui porte ton noble nom ; c’est donc sans aucune répugnance que je te prierai d’être mon interprète auprès d’elle ; je ne crois pouvoir mieux choisir. N’est-il pas vrai, mon excellent et cher papa. ?

Adieu, pardonne ce griffonnage, c’est ma reconnaissance, c’est ma joie qui me rendent illisible. Adieu, cher papa, porte-toi bien et aime ton fils heureux, dévoué et respectueux.

Victor.

Je tâcherai de remettre en personne ta lettre au général d’Hurbal. Je renouvelle mes démarches pour la Société de Blois.

Dans ma prochaine lettre, je te parlerai de tous les travaux auxquels le bonheur va me permettre de livrer un esprit calme, une tête tranquille et un cœur content. Tu seras peut-être satisfait ; c’est au moins mon plus vif désir[3].


Au général Hugo.
Mon cher papa.

Au moment où je commence cette lettre, on m’apporte l’argent du mois. Les 36 francs qui y sont joints seront remis aujourd’hui même à leur destination. Les exemplaires de l’intéressant Journal de Thionville que tu destinais à l’Académie des Sciences et au rédacteur du Dictionnaire des Généraux français, sont déjà parvenus à la leur.

J’ai reçu en même temps que ta dernière lettre un paquet de M. le

  1. Le général priait son fils d’en adresser un exemplaire à l’Académie des Sciences.
  2. « Il faudra, mon bon ami, quand il en sera temps, que mon consentement soit accompagné de celui de mon épouse actuelle dont j’aurais adressé les compliments M. et Mme Foucher sans les préventions qu’on a établies contre elle. » (22 juillet.)
  3. Bibliothèque municipale de Blois.