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J’ai peu travaillé ici, j’avais tant de choses à voir et si peu de temps à rester ! Mais j’ai recueilli une foule d’impressions, de ces impressions fécondes qui ouvrent de nouvelles carrières aux idées. Il y a ici une chapelle taillée dans le roc — je ne saurais vous dire ce qu’on éprouve sous cette voûte, jamais les cérémonies de l’église ne m’ont paru plus belles ; jamais l’émotion religieuse ne m’a pénétré plus profondément.

Mme la duchesse de Berry, qui est à Rosny, doit venir visiter le château dans quelques jours. M. de Rohan voudrait me retenir au moins jusque là, mais je me défie de sa bienveillance. Je ne veux pas que ma position particulière m’expose à devenir le client d’un homme dont ma situation sociale me permet d’être l’ami. J’aime le duc de Rohan pour lui, pour sa belle âme, pour ses nobles manières, mais non pour les services matériels qu’il peut me rendre.

Je partirai donc demain 26 à 6 heures du matin, quand vous recevrez cette lettre, j’approcherai de la ville des soucis. J’irai sans doute me promener demain soir au Luxembourg, je serais bien heureux, si je vous y rencontrais, d’avoir des nouvelles toutes fraîches de notre bien-aimée malade. Nous causerions aussi du noble Vte de Chateaubriand.

Adieu, monsieur, j’ai encore 3 ou 4 réponses à faire avant le dîner et aucune ne sera aussi longue que celle-ci, je vous quitte bien à regret et en vous remerciant de votre aimable lettre.

Votre dévoué pour la vie,
Victor.

Mes hommages respectueux à ces dames. Je suis bien venu à la Roche-Guyon avec un compagnon de voyage, ami commun entre le duc et moi ; mais ce n’est point M. l’abbé Davaux[1], que je n’ai point vu dans ce château, d’ailleurs très solitaire, comme M. de Rohan me l’avait promis[2].


À Madame Faucher[3].

Il existe rue de Mézières, n° 10, une manière de pestiféré auquel ces dames font subir, sans s’en apercevoir, des quarantaines, dont il ne s’aperçoit, lui, que trop. Cet importun croit se rappeler qu’il a été définitivement convenu

  1. « Comme j’étais chez l’abbé Davaux, une personne y avait annoncé son départ pour La Roche-Guyon, ajoutant qu’elle partait avec un ami. J’ai pensé que vous pourriez bien être cet ami. « (Lettre de M. Foucher du 19 août 1821.)
  2. Collection Louis Barthou.
  3. Inédite.