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3présenter à messieurs vos collègues mes excuses et l’expression de ma bien vive reconnaissance.

Si l’idylle des Deux âges[1] avait pu être couronnée, ç’aurait été pour moi une grande joie et un grand honneur ; toutefois je ne puis que m’incliner devant le respectable motif qui l’a empêchée d’obtenir cette faveur[2].

J’en viens, monsieur, à un point sur lequel je veux m’expliquer sans détour, en désirant vivement votre approbation. J’ai acquis aujourd’hui, me dites-vous, d’après vos règlements, le droit de demander des lettres de maître ès Jeux Floraux. Je m’interdis ici d’examiner comment j’ai reçu ce droit et si je ne le dois pas bien plutôt à l’indulgence soutenue de l’Académie à mon égard, qu’à mon propre mérite. Il s’agit seulement de vous exprimer ma façon de penser, et je crois que mon devoir (et jamais devoir n’aura été rempli avec plus de plaisir) est de réclamer, avec tout l’empressement et toute la gratitude que je ressens, un titre auquel les bontés de l’Académie m’ont donné droit de prétendre. Je pourrais, à la vérité, conserver le droit de concourir en suspendant ma demande ; mais, d’un côté, si je suis habitué à l’extrême bienveillance de l’Académie, je n’ai point assez de présomption et de confiance en moi-même pour rester dans la lice avec grande espérance de succès ; de l’autre, les concours lyriques m’étant désormais fermés, j’ignore si les essais infructueux que j’ai tentés jusqu’ici dans les autres genres ne m’avertissent pas suffisamment de sortir des rangs. J’ajouterai à ces considérations mes désirs, cachés jusqu’ici mais conçus depuis longtemps, de faire partie de cet illustre corps des Jeux Floraux.

Aujourd’hui que l’occasion se présente de vous appartenir comme maître, je sens plus que jamais combien un pareil titre est au-dessus de mon âge et de mon faible talent, mais je sens en même temps que si vous jugiez à propos de me le conférer, l’honneur de le porter m’engagerait en quelque sorte à faire tous mes efforts pour le porter dignement. J’oserai donc vous prier, si vous le trouvez bon, monsieur, d’être auprès de l’Académie l’interprète de mes désirs respectueux et de lui demander en mon nom un titre qui me sera bien cher si je l’obtiens, puisqu’il me rappellera à tout moment ce que je dois à vous personnellement et à messieurs vos collègues. J’ignore s’il est nécessaire que j’adresse à l’Académie une demande plus directe,

  1. Odes et Ballades (Édition de l’Imprimerie Nationale).
  2. « Je n’ai pas chez moi votre héroïde du Jeune Banni, non plus que vos Deux âges… Je me borne donc à vous dire que l’idylle aurait été infailliblement couronnée, si quatre ou cinq académiciens d’une extrême gravité par leur caractère personnel, comme par les fonctions qu’ils occupent dans le monde, n’avaient pas cru en remplir une en s’opposant avec force au succès d’un ouvrage où la jeunesse exaltant le plaisir figure avec tant d’avantage contre la vieillesse prêchant ou s’efforçant à regret de prêcher la sagesse. Quant à l’héroïde, on en a jugé le sujet malheureusement choisi et le style chargé, inégal et peu soigné. » (Lettre de M. Pinaud, 11 avril 1820.)