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pour mon plaisir et nos intérêts la semaine prochaine. Je me remettrai sérieusement à ce roman, puisqu’il te plaît. Je n’ai encore rien pu décider pour mon ode[1], je n’aurais pas balancé un moment à faire ce que tu désirais si cela ne dépendait que de moi, mais dans ton intérêt même, il est des avis que je dois ménager. Souvent un avis méprisé d’un ami utile nous fait un ennemi implacable, considération qui ne serait rien à mes yeux si ton sort n’était pas lié au mien. Tu vois donc, chère Adèle, que tu me condamnais sans m’entendre. J’espère pourtant que la destination de cette ode sera bientôt fixée. Il n’y a pas encore, certes, de temps perdu, et maintenant je dois regarder autour de moi à chaque pas que je fais dans ma carrière, parce qu’ils sont bien plus importants que lorsqu’elle ne concernait que moi.

Adieu, mon Adèle, ma femme bien-aimée, je pense que tu ne te plaindras pas de la brièveté de cette lettre. Tu dis que tu m’écris plus que je ne t’écris ; écoute, j’ai reçu de toi depuis le 8 octobre 1821, trente-deux lettres, si tu as conservé par hasard les miennes à dater de cette époque, compte-les, et je suis sûr que tu reconnaîtras par cette preuve palpable combien ton reproche est peu fondé. Songe ensuite combien mes lettres sont longues. Leur longueur m’effraye tellement moi-même quelquefois que je doute que tu les lises en entier. Moi, je lis, je relis, je dévore les tiennes ; adieu, quoique j’aie encore mille choses à te dire, adieu, mon Adèle adorée, je te verrai ce soir quelques heures après avoir pensé à toi pendant huit jours et huit nuits. Adieu, dors bien et donne-moi une pensée en t’éveillant, puisqu’il n’y aura de place pour moi dans tes rêves que lorsque j’habiterai mon colombier.

Encore une fois adieu pour t’embrasser.

Victor.
  1. Buonaparte, dont le manuscrit est daté : mars 1822.