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la distance ! Écrivez-moi et rassurez-moi, et, s’il est possible, s’il n’y a pas d’obstacle de premier ordre, ce que j’ignore, rentrez avec moi. Quid sine te ? Et transmettez ce vœu à Auguste, et aimez-moi[1].


Paul Meurice répond à Victor Hugo :


Dimanche 23 décembre 1866.

Je suis profondément touché de tout ce que vous me dites de bon et de charmant pour le livre Paris, La vérité est que les deux ou trois sujets où j’avais quelque compétence, et où surtout j’aurais pu être de quelque utilité à nos idées, ont été distribués et réservés. Je ne peux pourtant pas faire les Pissotières ! Ulbach a voulu m’insinuer, l’autre jour, qu’après Vacquerie, j’avais refusé les théâtres. Mais je lui ai rappelé, en présence de Lequeux, qu’il m’avait formellement déclaré se les adjuger à lui-même. On me dit d’ailleurs que tous les articles vous seront envoyés en placards. Alors tout est bien. Si le livre n’est pas partout l’éclatante affirmation de nos principes, que du moins il n’en soit nulle part la négation. Du moment que vous aurez la bonté d’y veiller, je suis content. Les grands maîtres du théâtre, pour Ulbach, sont Augier et Dumas fils. Augier doit faire le Théâtre Français et Dumas fils les premières représentations ; c’est-à-dire qu’ils ont les clefs de la place. S’ils en abusaient par trop, et qu’il vous répugnât d’intervenir, vous n’auriez qu’à m’autoriser à rappeler à Lacroix qu’il m’avait demandé pour arbitre dans les cas douteux. Ceci bien entendu pour votre cause à vous, et uniquement pour votre cause, ayant pour vrai titre et pour grand orgueil d’être votre soldat[2].


Nous n’avons pas les lettres d’Albert Lacroix et de Louis Ulbach, nous sommes donc obligé de suppléer à cette lacune par nos souvenirs. Il est clair que le départ de Paul Meurice avait jeté du désarroi dans la publication. Louis Ulbach, très attentif aux désirs de Victor Hugo, comprenant l’importance de conserver ce grand nom en tête du livre, avait résolu de consulter Victor Hugo sur les noms des collaborateurs, de lui communiquer les articles, de tenir compte de ses observations et de ses objections. C’était déjà une sécurité. Louis Ulbach avait fait ressortir que chaque article engageait surtout le signataire et qu’en s’adressant à des hommes illustres, il était difficile de ne pas leur laisser leur indépendance, mais que les hommes dont il sollicitait le concours ne pourraient, dans un volume sur Paris, ses monuments, ses établissements, ses promenades, ses plaisirs, se livrer à des considérations politiques. Il n’était plus question de la petite conspiration, puisque les écrivains désignés dès la première heure par Paul Meurice figuraient à la table du livre.

Victor Hugo, tout en se montrant satisfait des excellentes assurances données par Louis Ulbach, ne pouvait cependant rester plus longtemps dans l’incertitude au sujet des intentions de Lacroix. Aussi réclame-t-il nettement une décision :


H.-H., 23 décembre. [1866.]


Mon cher monsieur Lacroix,

Je pensais avoir hier votre réponse. Elle ne m’est pas arrivée, et l’excellente lettre de M. Ulbach ne pouvant rester plus longtemps sans réponse, ne fût-ce qu’une réponse provisoire, je lui écris ceci, que je vous prie de lui transmettre.

Décidez le oui ou le non de la préface absolument dans vos convenances. Je m’efface. Si c’est trop long, je la garde. Si elle vous va, je vous l’envoie. Ne voyez que vos intérêts.

Mille bons compliments.

V. H.


Louis Ulbach avait déjà réuni un grand nombre de collaborateurs, et assurément parmi les plus célèbres ; les frais de rédaction étaient considérables, ce qui troublait Lacroix sans l’alarmer. Nous trouvons cette lettre de François-Victor

  1. Correspondance de Victor Hugo à Paul Meurice.
  2. Idem.