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un peintre nommé Le Genissel, qui m’a rappelé que je l’avais sauvé du bagne en 1848. Il était insurgé de juin.

Forte canonnade cette nuit. Tout se prépare pour une bataille.


24 décembre. — Il gèle. La Seine charrie. Paris ne mange plus que du pain bis.


25 décembre. — Forte canonnade toute la nuit.

Une nouvelle du Paris d’à présent : il vient d’arriver une bourriche d’huîtres. Elle a été vendue 750 francs.

À la vente pour les pauvres, où Alice et Mme Meurice sont marchandes, un dindon vivant a été vendu 250 francs.

La Seine charrie.


26 décembre. — Louis Blanc vient, puis M. Floquet. On me presse de nouveau de mettre le gouvernement en demeure. De nouveau je refuse. M. Louis Koch a acheté 25 francs un exemplaire du Rappel à la vente destinée aux pauvres. L’exemplaire des Châtiments a été payé 300 francs par M. Cernuschi.


27 décembre. — Violente canonnade ce matin.

J’ai eu à dîner Mme Ugalde[1], M. Bochet, M. Busnach[2]. Mme Ugalde a chanté Patria. La canonnade de ce matin, c’étaient les prussiens qui attaquaient. Bon signe. L’attente les ennuie. Et nous aussi. Ils ont jeté dans le fort de Montrouge dix-neuf obus qui n’ont tué personne.

J’ai reconduit Mme Ugalde chez elle, rue Chabannais, puis, je suis rentré me coucher. Le portier m’a dit : — Monsieur, on dit que cette nuit il tombera des bombes par ici. — Je lui ai dit : — C’est tout simple, j’en attends une.


29 décembre. — Canonnade toute la nuit. L’attaque prussienne continue.

Théophile Gautier a un cheval. Ce cheval est réquisitionné. On veut le manger. Gautier m’écrit et me prie d’obtenir sa grâce. Je l’ai demandée au ministre. J’ai sauvé le cheval.

Il est malheureusement vrai que Dumas est mort. On le sait par les journaux allemands. Il est mort le 5 décembre, au Puys, près Dieppe, chez son fils.

  1. Cantatrice française. (Note de l’éditeur.)
  2. Auteur dramatique, directeur de l’Athénée ; il mit à la scène plusieurs romans d’Émile Zola. (Note de l’éditeur.)