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Il y a dans les Nouvelles (9 décembre) :


M. Victor Hugo avait manifesté l’intention de sortir de Paris sans armes, avec la batterie d’artillerie de la garde nationale dont ses deux fils font partie.

Le 144e bataillon de la garde nationale s’est transporté tout entier avenue Frochot, devant le logis du poëte, où les délégués seuls sont entrés.

Ces honorables citoyens venaient faire défense à M. Victor Hugo de donner suite à ce projet, qu’il avait des longtemps annoncé dans son Adresse aux Allemands.

« Tout le monde peut se battre, lui ont-ils dit. Mais tout le monde ne peut faire les Châtiments. Restez et ménagez une vie si précieuse à la France[1]


Je ne sais plus le numéro du bataillon. Ce n’est pas le 144e. Voici les termes de l’adresse qui m’a été lue par le chef de bataillon :

« La garde nationale de Paris fait défense à Victor Hugo d’aller à l’ennemi, attendu que tout le monde peut aller à l’ennemi, et que Victor Hugo seul peut faire ce que fait Victor Hugo. »

Fait défense est touchant et charmant.


11 décembre. — Rostan est venu me voir. Il a le bras en écharpe. Il a été blessé à Créteil. C’était le soir. Un soldat allemand se jette sur lui et lui perce le bras d’un coup de baïonnette. Rostan réplique par un coup de baïonnette dans l’épaule de l’allemand. Tous deux tombent et roulent dans un fossé. Les voilà bons amis. Rostan baragouine un peu l’allemand. — Qui es-tu ? — Je suis wurtembergeois. J’ai vingt-deux ans. Mon père est horloger à Leipsick. — Ils restent trois heures dans ce fossé, sanglants, glacés, s’entr’aidant. Rostan blessé a ramené son blesseur, qui est son prisonnier. Il va le voir à l’hôpital. Ces deux hommes s’adorent. Ils ont voulu s’entretuer, ils se feraient tuer l’un pour l’autre. — Ôtez donc les rois de la question !

Visite de M. Rey. Le groupe de Ledru-Rollin est en pleine désorganisation. Plus de parti ; la République. C’est bien.

J’ai offert un fromage de Hollande à Mme Paul Meurice.

Verglas.


11 décembre. — Il y a aujourd’hui dix-neuf ans que j’arrivais à Bruxelles.


13 décembre. — Paris est depuis hier éclairé au pétrole.

Canonnade violente ce soir.

  1. Ce texte, découpé dans Les Nouvelles, est collé sur une page blanche du Carnet. (Note de l’éditeur.)