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MADAME DE CHATEAUBRIAND.


Mme de Chateaubriand mourut le 11 février.

C’était une personne maigre, sèche, noire, très marquée de petite vérole, laide, charitable sans être bonne, spirituelle sans être intelligente.

Elle était fort convenablement avec M. de Chateaubriand. Dans mon extrême jeunesse, quand je venais voir M. de Chateaubriand, j’avais peur d’elle. Elle me recevait d’ailleurs assez mal.

En 1847, M. de Chateaubriand avait soixante-dix-huit ans, selon son compte ; il eût eu quatre-vingts suivant le compte de son vieil ami, M. Bertin l’aîné, mais il avait cette faiblesse, disait M. Bertin, de vouloir être né non en 1767 mais en 1769, parce que c’était l’année de Napoléon.

Vers les derniers temps de sa vie, M. de Chateaubriand était presque en enfance. Il n’avait, me disait M. Pilorge, son ancien secrétaire, que deux ou trois heures à peu près lucides par jour.

À la mort de sa femme, il alla au service funèbre et revint chez lui en riant aux éclats. — Preuve d’affaiblissement du cerveau, disait Pilorge. — Preuve de raison ! reprenait Édouard Bertin, sa femme était très méchante, il était enchanté.

Mme de Chateaubriand était fort bonne, ce qui ne l’empêchait pas d’être fort méchante. Elle avait la bonté officielle, ce qui ne fait aucun tort à la méchanceté domestique. Elle avait fondé un hospice, l’infirmerie Marie-Thérèse ; elle visitait les pauvres, surveillait les crèches, présidait les bureaux de charité, secourait les malades, donnait et priait ; et en même temps elle rudoyait son mari, ses parents, ses amis, ses gens, était aigre, dure, prude, médisante, amère. Le bon Dieu pèsera tout cela là-haut.

Elle était fort laide, avait la bouche énorme, les yeux petits, l’air chétif, et faisait la grande dame, quoiqu’elle fût plutôt la femme d’un grand homme que la femme d’un grand seigneur. Elle, de sa naissance, n’était autre chose que la fille d’un armateur de Saint-Malo. M. de Chateaubriand la craignait, la détestait, la ménageait et la cajolait.

Elle profitait de ceci pour être insupportable aux pâles humains. Je n’ai jamais vu abord plus revêche et accueil plus formidable. J’étais adolescent quand j’allais chez M. de Chateaubriand. Elle me recevait fort mal, c’est-à-dire ne me recevait pas du tout. J’entrais, je saluais. Mme de Chateaubriand ne me voyait pas, j’étais terrifié. Ces terreurs faisaient de mes visites à M. de