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LE MANOIR

— Hélas ! balbutia M. Hocquart, tu m’as perdu !

— Moi ! comment aurai-je pu nuire à celui que j’aime plus que moi-même ?

— Je ne veux pas te faire de reproches inutiles, Joséphine, mais n’es-tu pas ici malgré mes ordres les plus formels, et ta présence ne nous met-elle pas en péril tous deux ?

— Serait-il vrai ? dit-elle avec l’accent de la douleur. Oh ! pourquoi y resterais-je plus longtemps ?

— Retourne, Joséphine, retourne de suite au manoir de la Rivière-du-Loup, consens à porter pendant quelque temps encore le titre de Mme Deschesnaux, et tout sera réparé pour le mieux.

— Quoi ! mon mari, tu veux me renvoyer dans cette funeste maison ? et c’est à ta Joséphine que tu donnes le honteux conseil de s’avouer l’épouse d’un autre, et cet autre c’est Deschesnaux !

— Oui, Joséphine, et je parle sérieusement. M. Deschesnaux est un franc et fidèle serviteur, qui est le confident de tous mes secrets, et tu n’as aucun motif de le mépriser comme tu fais.

— Aucun motif de le mépriser… répéta-t-elle en rougissant plutôt d’indignation que de colère ; et c’est mon mari qui me parle ainsi ! Non, non, je ne le reconnaîtrai jamais un instant, un seul instant, pour mon époux. Plutôt l’abandon, plutôt la misère, plutôt la mort que ce déshonneur !

— Mais ce ne sera qu’un déguisement momentané, reprit l’intendant, irrité de cette opposition. Tu m’as compromis par ton désir empressé de te mettre en possession du rang auquel je t’ai donné droit à la condition que notre mariage resterait secret. Il faut faire à présent ce que ton imprudence a rendu nécessaire.