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MYSTÉRIEUX
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— Traitez-moi comme la dernière des criminelles, dit-elle ; mais, au nom du ciel, éloignez-moi de celui qui est capable d’anéantir le peu de raison qui me reste. Éloignez-moi du plus scélérat des hommes !

— Comment ! ma fille, dit le gouverneur, passant à une nouvelle idée ; que vous a donc fait M. Deschesnaux pour que vous parliez ainsi de lui ? Que lui reprochez-vous ?

— Tous mes chagrins, Excellence, tous mes maux… Il a semé la dissension là où devait régner la paix. Je deviendrais folle si j’étais forcée de le regarder plus longtemps.

— Je crois, dit le gouverneur en regardant le docteur Alavoine, qui venait de s’approcher, que sa raison est déjà égarée. Docteur, veillez sur cette infortunée. Placez-la seule dans une chambre et que personne autre que vous ne lui parle avant que je l’aie revue, cela ne ferait qu’augmenter son irritation et aggraver son état, déjà assez critique, autant que je puis en juger. Je vous enverrai tantôt M. le docteur Painchaud, pour que vous ayez ensemble une consultation.

Le Dr Alavoine sortit avec la malheureuse femme qui le suivit sans résistance dans une chambre retirée de la maison. Le gouverneur la suivit des yeux et reporta ses regards sur M. Hocquart, qui tenait son front baissé. Il crut reconnaître, dans l’attitude de l’intendant, la fierté d’un homme injustement soupçonné de fourberie ; puis, s’adressant à Deschesnaux :

— Parlez, M. Deschesnaux, expliquez-moi ce que tout cela veut dire, vous qui avez encore l’usage de la parole.

L’astucieux Deschesnaux se hâta de raconter la maladie de sa pauvre femme, maladie qu’il n’avait pas voulu, dit-il, qu’on mentionnât dans les messages des médecins. Il ajouta que M. Cambrai, à qui il avait confié sa femme au manoir de la Rivière-du-Loup, venait d’ar-