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LE MANOIR

pait involontairement pour la conduite de son protégé. Celui-ci reprit sans se laisser déconcerter :

— Je savais que son noble père la destinait à un autre, à ce gentilhomme ici présent qui vous a remis la requête, et qu’il ne consentirait pas à son union avec moi. C’est bien elle qui, après tout, était la plus intéressée dans l’affaire, et elle m’a suivi de son plein consentement.

— C’est une atténuation, remarqua M. de Beauharnais, mais ce n’est pas une justification. Le représentant de Sa Majesté chrétienne au Canada ne peut approuver des unions contractées de cette manière, et je veux qu’il soit bien connu que je désapprouve la vôtre de tout mon pouvoir. Il faut empêcher ce mauvais exemple d’avoir des imitateurs, en le frappant du blâme mérité. Cependant, si vous êtes mariés devant l’Église, il faut bien que vous restiez mariés, car l’homme ne séparera pas ce que Dieu a uni ; vous comprenez cela, M. DuPlessis, n’est-ce pas ? Il faut aussi que vous le fassiez comprendre au père affligé, à qui la douleur ne permet peut-être pas de raisonner à ce sujet comme il convient.

— Excellence, répondit DuPlessis, je ne suis plus personnellement concerné dans cette affaire. Ma démarche n’a pour but que d’obliger M. de la Touche, à qui je porte à présent plus d’intérêt qu’à l’enfant dont la conduite empoisonne ses vieux jours d’amertume. C’est pourquoi j’ose demander en son nom à Votre Excellence, protectrice naturelle des victimes de l’injustice, qu’on ne séquestre pas une fille loin d’un si digne père, que cet éloignement accable et fait mourir de chagrin.

— Cette demande me paraît juste et facile à accorder, observa le marquis en regardant Deschesnaux qui répliqua aussitôt :